Université Stendhal MSH-alpes : Maison des Sciences de l'Homme CNRS

Alexandra Papayanni-Lambros. L'enseignement du grec ancien en GRECE : textes et méthodologie.

C'est souvent une surprise, pour des enseignants européens d'aujourd'hui -surtout lorsqu'ils sont hellénistes- d'entendre parler de problèmes dans l'enseignement du grec ancien en Grèce.
Pourtant il est facile de discerner une continuité remarquable entre la langue de Lysias -et même celle d'Hérodote, le grec ancien- et celle de Kavafis ou Séféris, le grec moderne. On pourrait presque parler d'une " exception linguistique grecque ", d'une facilité pour les jeunes Grecs à suivre tout naturellement le fil de l'histoire de leur civilisation pour arriver à la langue d'aujourd'hui.
Mais alors, pourquoi cette jeunesse a-t-elle tant de peine à saisir cette continuité ? Pourquoi chez eux une certaine désaffection envers l'étude du grec ancien, au moment même où ils souhaitent être fiers de leur pays et le faire reconnaître comme " berceau de l'Europe ? "
C'est que les choses historiques ne sont pas si simples. C'est que le cours de l'histoire n'est pas linéaire. Autant et plus peut-être que d'autres pays, la Grèce a connu de terribles ruptures.

I. BREF HISTORIQUE SUR L'ITINERAIRE DE LA LANGUE GRECQUE
Il est nécessaire ici de rappeler rapidement quelques données historiques. Tant il est vrai que parler d'une langue, c'est se référer à des étapes déterminées par des événements nationaux lesquels sont souvent imposés par des choix politiques. Voici donc, très schématiquement, les principales ruptures qui ont marqué la vie linguistique du grec, pour l'amener du grec ancien au grec d'aujourd'hui. On peut distinguer 4 grandes périodes : 1. la période de langue ancienne (avant 8000 av. J. C.- 323 av. J. C.), 2. la période hellénistique (323 av. J. C.- 330 après J. C.), 3. le Moyen Age (330 - 1453) et 4. la période moderne (1453 - aujourd'hui).
1. La grande période de la langue ancienne se subdivise elle-même en :
Une période de langue indo-européenne, proto-hellénique (témoignages écrits découverts dans les centres palatiaux de la période mycénienne, linéaire B) et dialectale qui correspond à la dispersion des peuples ioniens, achéens, doriens etc. jusqu'au 3ème siècle av. J. C. Cet ensemble de dialectes qui ne semble pas poser de problèmes d'incompréhension, renforce le sentiment d'appartenance à une même unité linguistique. Toutefois, dès l'époque classique (Vème siècle) l'attique parlé dans la cité-Etat d'Athènes commence à se distinguer et acquiert une certaine notoriété à cause de l'hégémonie athénienne. Et qui dit hégémonie politique, dit hégémonie linguistique. L'étape suivante, marquée par l'hégémonie macédonienne, a des conséquences linguistiques beaucoup plus considérables que celles de l'hégémonie athénienne, à cause des conquêtes d'Alexandre le Grand.
2. Une période hellénistique. L'ancien dialecte prépondérant (l'attique, parlé à la cour des rois de Macédoine) est à l'origine du premier moyen panhellénique de communication linguistique. C'est ainsi qu'on voit naître la Koïné, point de départ du grec moderne. Son usage couvre un vaste plateau géographique : Asie Mineure, Egypte, Syrie, Mésopotamie, Perse. Elle devient la lingua franca de l'Antiquité. Non seulement elle est parlée partout, mais parfois on abandonne la langue maternelle en faveur de la langue grecque. Sous l'hégémonie politique et linguistique grecque un pourcentage important des populations autochtones deviennent ainsi bilingues.
3. Le Moyen âge. La vaste expansion de la koïné, l'ampleur du bilinguisme, le déclin du monde hellénistique ainsi que les conquêtes romaines, vénitiennes, slaves, turques, provoquent dès le Ier siècle ap. J. C. un mouvement d'épuration linguistique qui dominera l'histoire de la langue grecque jusqu'à la seconde moitié du XXe s. Ce mouvement est connu sous le nom d'atticisme. Il exprime la nostalgie de la pureté de la langue et en particulier du dialecte parlé à l'époque classique à Athènes et pose ainsi les fondements de la diglossie (langue orale / langue écrite, officielle, de l'administration et de l'enseignement). Une répercussion du mouvement " atticiste " et de la " diglossie " à laquelle il mène, est le manque de tout témoignage écrit de la langue parlée pour la période allant de la fin de l'époque hellénistque au XIème siècle apr. J. C. Le plus probable est que la Koïné hellénistique ait été parlée, diversifiée en un certain nombre de dialectes.
4. La grande période moderne couvre les années de la chute de Constantinople (1453) à nos jours. Les premiers siècles de cette période sont marqués par le mouvement du dédoublement linguistique : une langue orale, le démotique, est distinguée de la langue écrite, la katharévoussa, langue pure. Le XIXe siècle est marquée par une grande querelle linguistique qui a divisé les érudits grecs en provocant même des émeutes. Un grand débat commence pendant la période qui précède la Guerre d'Indépendance (1821) sur la création d'une langue nationale, le démotique, où se mêlent des divergences d'ordre idéologique, social et politique. Trois tendances sont alors exprimées :
a. Les partisans du classicisme souhaitent le retour au grec ancien, considéré comme la seule forme " pure " de grec.
b. La seconde tendance admet l'importance de la langue parlée mais souhaite l'"épurer " et la " redresser ", la débarrasser des emprunts vénitiens, slaves, turcs et intervenir en se basant sur les modèles archaïques ou archaïsants en phonologie, morphologie et syntaxe (ex. il ne fallait pas écrire a[rto", ni ywmiv,… mais ywmivon).
c. La troisième tendance soutient que la langue parlée, le démotique, est la seule candidate légitime à jouer le rôle de langue nationale.
Aux alentours de 1825-1840 se forme une nouvelle langue orale, commune, basée sur le dialecte péloponnésien. La langue écrite qui continue à dominer, sous différentes variantes, dans l'administration et l'enseignement est la forme archaïsante du grec, la Katharévoussa (langue pure). Le Katharévoussa remplit une fonction de langue " noble ", son utilisation marque une supériorité sociale-avec de brefs intervalles de " démoticisme "-dans l'administration et l'enseignement.
Mais, en 1976 le démotique prend statut de langue officielle, votée à l'unanimité comme langue de l'enseignement et de l'administration. C'est ainsi que prend fin la querelle linguistique qui a accompagné, sous différentes formes, la plus grande partie de l'histoire de la langue grecque.
En 1981, une autre réforme très importante se produit dans un effort de simplification : la suppression des esprits et des accents : un seul accent tonique est gardé sur le mot, indiquant l'endroit où le mot s'accentue.
Avant de clore ce bref aperçu, il serait bon de dire que si la diglossie constitue une singularité de l'histoire de la langue grecque, sa continuité en est une autre.

II. POURQUOI SE POSERAIT-IL UN PROBLEME POUR L'ENSEIGNEMENT DU GREC ANCIEN EN GRECE ?
Aujourd'hui, la réhabilitation du grec ancien dans le programme éducatif en Grèce tient une place prépondérante. Son but principal est éducatif et surtout humaniste. L'axe principal de cette matière est la connaissance de l'homme. Etudier dans l'Antiquité grecque la lutte de l'homme pour connaître le monde et rechercher la vérité, c'est fonder les notions de science et d'art, autrement dit la notion même de civilisation. Cet héritage culturel est l'esprit de la civilisation occidentale et mondiale.
Au fil des années et après la reconnaissance officielle du démotique comme langue de l'enseignement en 1976, un autre conflit a cependant séparé les érudits grecs : faut-il enseigner le grec ancien dans l'enseignement secondaire ? Deux tendances se sont alors exprimées : la première favorisait l'introduction du grec ancien au Collège dans le but de redéfinir l'idéologie nationale à partir des textes classiques, étudiés en langue ancienne. La deuxième reconnaissait l'importance de l'héritage grec mais en s'appuyant sur la notion d'unité de la nation hellénique qui se retrouvait surtout dans la langue officiellement adoptée, elle proposait pour le Collège l'étude des textes dans des traductions et au Lycée l'initiation à la langue ancienne. Là encore cet enseignement devait s'arrêter à la classe de première. Les élèves devaient alors choisir leur branche d'études supérieures. Seuls les littéraires avaient le privilège d'approfondir la langue ancienne, de lire les anciens dans le texte, donc de connaître leur culture directement, à la source.
Après de longs débats et diverses réformes, l'enseignement du grec ancien a été réhabilité ces derniers cinq ou six ans. Les deux tendances citées ci-dessus se trouvent alors conciliées pour répondre aux objectifs suivants :
- transmettre le patrimoine culturel, celui de la Grèce antique indispensable à la formation générale des élèves dans les domaines de la mythologie, de l'histoire, de la philosophie, des arts et de la littérature ;
- transmettre le patrimoine linguistique que représente le grec ancien pour maîtriser les langages savants et abstraits nécessaires dans tous les domaines.
La tendance actuelle soutient alors la thèse que l'étude du grec ancien n'est pas un luxe superflu réservé à quelques privilégiés, mais une composante essentielle de la culture. Car, c'est en grec que furent écrits de grands textes fondateurs tels que l'Iliade et l'Odyssée et c'est le grec qui fut la première langue de la pensée en Occident.
L'introduction du grec ancien au Collège répond au besoin suivant : Etudier le début et la continuité de la langue grecque et de la vie nationale, en insistant sur les phases de l'évolution de la langue, des influences subies, de ses transformations et mutations, des inter-influences et des emprunts.
La continuité de la langue à travers les siècles est en même temps une force et une faiblesse auxquelles les élèves Grecs doivent faire face. Force parce qu'à n'importe quel moment ils peuvent admirer le caractère diachronique de leur langue, le cisèlement du sens des mots à travers les temps et la polyvalence de leur langue en tant que " code " de communication. Mais par ailleurs, la connaissance organique et l'utilisation du grec moderne présupposent une approche du vocabulaire, de la morphologie, et de la structure du grec ancien qui est différente du grec moderne. Ceci est une difficulté majeure pour les jeunes Grecs, car ils doivent non seulement apprendre par cœur les formes de grammaire mais comprendre les éléments créatifs qui font la puissance de leur langue.

III. L'ENSEIGNEMENT DU GREC ANCIEN AU COLLEGE : 1ère, 2nd,3ème classe : textes et méthodologie.
Le Collège aujourd'hui en Grèce admet des élèves de l'âge de 12 à 14 ans. Depuis 1976, date de grandes reformes au niveau éducatif, le Collège est obligatoire pour tous les Grecs. Il s'agit d'un passage direct de l'école Primaire au Collège, alors qu'avant 1976, les élèves devaient passer des examens d'admission.
1. Textes traduits (2 heures par semaine pour toutes les classes)
L'enseignement du grec ancien au Collège vise à faire connaître aux élèves la création littéraire des Grecs Anciens telle qu'elle nous a été transmise par des textes datant des années homériques jusqu'aux textes plus modernes. Cette approche se fait par l'intermédiaire de la traduction en grec moderne qui facilite la procédure d'enseignement en écartant l'obstacle linguistique. Par ailleurs, on souligne qu'une traduction a son propre auteur, son propre contexte historico-culturel, ses destinataires. De ce point de vue, la juxtaposition des deux cultures, ancienne et moderne, est souhaitable. On met l'accent sur le fait qu'une traduction ne remplace pas la langue des textes qui seule, est l'élément par excellence de l'expression de la civilisation.
Le choix des textes essaie de donner une idée globale des moments importants de la culture ancienne en étudiant des textes de portées idéologiques différentes. Les textes sont toujours liés au contexte historique, social, politique, culturel de leur création afin de répondre au caractère éducatif-humaniste du cours. Après avoir donné goût à l'époque on les familiarise progressivement avec les auteurs, leur style, leur expression, pour que les élèves puissent entrer en contact personnel avec les chefs d'œuvre de leur civilisation. Cela éveille leur esprit critique et on passe alors à la phase suivante : problème-discussion-commentaires. Ces textes peuvent éventuellement être complétés grâce à des documents explicatifs et des méthodes modernes (diapos, vidéo, CD-ROM). La relation texte-image/son/mouvement rend plus efficace l'apprentissage.
Programme général au Collège
1ère classe: Homère, Odyssée (35h), Iliade (20h), Anthologie de textes: La langue grecque: textes anciens, byzantins et littéraires (25h)
2ème classe : Hérodote, Histoires (30 h), Anthologie de textes : La Grèce Ancienne. Le lieu et les hommes (25 h)
3ème classe : Anthologie de textes : Education : Musique, Gymnastique-Sports, Enseignement (25 h), Théâtre : Euripide, Hélène ou Aristophane, Oiseaux (30 h)
2. 1ère classe (12 ans) Homère, Odyssée, Iliade
A. Les textes traduits : Pourquoi commence-t-on par Homère ?
a. Le choix des textes pour la première classe est fait selon la logique suivante :
Les œuvres homériques constituent les premières épopées non seulement de la littérature grecque, mais aussi de la littérature européenne. Elles sont la source d'inspiration pour les créateurs ultérieurs (poètes, sculpteurs, peintres, musiciens, intellectuels). Homère est toujours actuel et ses œuvres ont déjà été enseignées dès le 6ème siècle av. .C., lorsque la cité a commencé à s'intéresser à l'éducation (paideia) de ses citoyens. On commence par l'Odyssée qui a l'avantage de mettre en œuvre les sujets romanesques, les éléments féeriques, le voyage et les aventures d'Ulysse et des autres héros. Ceci donne le goût d'approfondir et d'étudier les problèmes/thèmes de la poésie homérique. Suit l'Iliade avec moins d'heures , un texte qui insiste sur la lutte personnelle de l'homme pour la survie, les grands sujets des héros et de leurs prouesses, la douleur et la mort.
b. Objectifs généraux :
1. Que les élèves puissent jouir des textes récités qui ont donné tant de plaisir au public de l'époque.
2. Qu'ils découvrent l'organisation sociale et le système des valeurs des années archaïques -toujours en mettant l'accent sur l'homme " anthropocentrisme homérique ". Ce monde reflète la période historique (géométrique-archaïque, milieu du 8e siècle). On voit ainsi l'ordre social et l'organisation politique des gens d'Ithaque (roi, nobles- assemblées du peuple et les sociétés des Cyclopes-Lestrygons (primitives) et des Phéaciens (utopique), - les valeurs de vie, les us et les coutumes, et les fondements de l'Odyssée.
3. Qu'ils comprennent la théogonie de l'Iliade et de l'Odyssée (anthropomorhisme, relations entre dieux et entre les dieux et les hommes), la participation des dieux à l'évolution de l'intrigue, et au comportement humain : les dieux interviennent dans la vie des hommes et contrôlent tout, préviennent, punissent, mais la responsabilité incombe aux hommes.
4.Qu'ils reconnaissent les archétypes qui se reflètent dans ces œuvres, qui survivent dans la tradition folklorique grecque, et la poésie populaire, dans la tradition littéraire néohellénique, mais aussi dans la création littéraire et culturelle européenne et mondiale
5.Qu'ils comprennent l'art narratif, le rôle des scènes typiques, des phrases, des vers et des adjectifs.
c. Méthodologie de l'Odyssée :
Une " lecture " de l'Odyssée en tant qu'épopée anthropo-géographique, basée sur les aventures d'Ulysse a pour but de présenter globalement l'aventure du novsto", de l'après guerre, un archétype de héros grec qui survit parce qu'il est intelligent, rusé, audacieux.
On doit insister sur: la structure de l'Odyssée, l'art de la narration (retour en arrière, digressions, dilatation et rétractation du temps), les moyens de narration : narration à la 1ère et 3ème personne, monologue, dialogue, les moyens d'expression : description, ironie, questions, comparaison, le caractère anthropocentrique et humaniste de l'Odyssée.
On doit aussi constater comment fonctionnent les notions suivantes : u{bri" (préténdants-Ulysse), nevmesi" (meurtres des prétendants), et comment l'action se déroule sur trois niveaux : Olympe (dieux), Terre (dieux-hommes), Hadès (morts-Ulysse).
d. Méthodologie de l'Iliade :
On procède de la même manière que pour l'Odyssée, à savoir par une " lecture " de la première œuvre de la tradition littéraire, qui met en scène la cruauté de la guerre et les conséquences inévitables du conflit. On tente de montrer que le poète transforme le mythe épique en épopée en donnant un rôle central à la colère (mh`,ni") d'Achille et à la volonté de Zeus ; on doit faire comprendre qu'avec l'enterrement d'Hector arrive la fin de la guerre de l'Iliade, mais que la guerre de Troie continue, même si la narration de 50 jours, qui a débuté un peu avant le début de la 10ème année de la guerre, s'identifie à toute la guerre ; on doit montrer le comportement des héros principaux de l'Iliade (derrière le comportement d'Achille, de Patrocle, d'Agamemnon, de Diomède, d'Ulysse se cachent de l'amitié, de la colère, de l'amour du pouvoir, de l'honneur, de la bravoure et de la ruse) et enfin, on doit former des élèves capables de faire la comparaison entre les deux œuvres, d'en trouver les différences et les similitudes.
Conclusion :
Pour les deux œuvres est prévu un nombre limité d'heures didactiques : 35 pour l'Odyssée et 20 pour l'Iliade.
L'étendue des œuvres rend difficile leur étude exhaustive. Donc, on choisit des textes de grande unité narrative qui présentent une particularité : elles sont passionnantes, émouvantes, agréables à lire (ex. retours en arrière de l'Odyssée, le chant de Démodocos pour le Cheval de Troie, l'adultère Arès-Aphrodite, l'espionnage à Dolonia etc.). Ce sont des unités qui assurent un minimum d'éléments de la civilisation, de la culture et du rôle fonctionnel du poète. La pratique de ces dernières années a prouvé que les élèves sont ravis de cette approche et parfois ils en demandent plus.
B. Initiation à la Langue ancienne. (2 heures par semaine)
Anthologie de textes : La langue grecque, textes anciens, byzantins, littéraires.
Ce livre tient à assurer un premier contact des élèves de la première classe du Collège avec la tradition linguistique grecque et vise à montrer la continuité non seulement de la langue grecque mais aussi de la civilisation, dont la langue est un instrument. De cette manière, l'enseignement de la grammaire ne constitue pas un but en soi mais devient un outil qui renforce la compréhension et la communication avec des œuvres antérieures de la littérature grecque. L'enseignement du vocabulaire constitue un pont entre la koïné et les autres formes antérieures de la langue.
Enseignement des textes : La méthode suivie prend en compte le degré de difficulté que représente pour un jeune grec de cet âge le passage du grec moderne du grec ancien. Donc, dans un premier temps, les textes choisis sont d'un langage simple et surtout des textes de la Koïné, qui est très proche au grec moderne, au moins quant au vocabulaire. Ce sont principalement des textes religieux et des mythes. La relation et les phases d'évolution de la langue sont fortement soulignées.
Nous commenceons alors par des textes de l'Ancien Testament, Genèse A 26-27, du Nouveau Testament, des Evangiles de Jean, de Mathieu, des psaumes byzantins. On introduit ensuite les Mythes d'Esope, un passage du roman hellénistique de Longus, Daphnis et Chloé. Nous travaillons sur les auteurs de la génération de 1880, appelée Nouvelle Ecole Athénienne, tels que Vizinos (1884), Moraïtidis (1891), Kalvos, Papadiamantis, Roïdis (1894), dont la langue utilisée est un mélange de katharévoussa (Kalvos) et de démotique, ou composée d'idiomes régionaux (Papadiamantis). Nous examinons ensuite des auteurs byzantins tels que Doukas, Critovoulos, Histoires, et nous passons progressivement à Lucien dont les textes sont amusants et ont beaucoup de succès auprès des élèves de cet âge. Nous complétons par un aperçu sur Apollodore, Plutarque, Hérodote, Thucydide.
L'étude de la langue : Elle tient compte de la présence diachronique de la langue grecque et de ses spécificités (esprits, accents, diphtongues, cas, tels que le datif qui n'existe plus en grec moderne).
Du point de vue de la morphologie, on étudie : les noms de la 1èree et 2nde déclinaisons, les adjectifs de la 3ème, le verbe être (eijmiv) et les pronoms personnels et démonstratifs, l'indicatif des verbes réguliers, actifs et moyens.
Du point de vue de la syntaxe, on étudie :
La structure d'une phrase simple, le sujet et son cas, l'attribut et son cas, le C.O.D et ses cas, l'infinitif et sa fonction, le sujet de l'infinitif, le participe et son mode de fonctionnement.
3. 2nde classe du Collège (13 ans)
A. HERODOTE, Histoires. (textes traduits)
Ce texte constitue la première tentative d'écrire l'histoire d'une manière scientifique. Son style familier et direct, le passage de la poésie à la prose, les anecdotes et histoires romanesques, les caractéristiques ioniennes, les éléments d'ordre géographique et ethnographique, correspondent tout à fait à l'esprit curieux des adolescents de cet âge.
Objectifs :
Comprendre l'évolution historique, la place des dieux dans la vie humaine, la notion de l'hybris (A29-33, 86-88, 141-144). Mettre en évidence " l' œcuménisme " d' Hérodote dans son histoire, la juxtaposition entre le monde asiatique et le monde grec, le conflit politique, idéologique, culturel, c à d, du moment où l'esprit libéral grec se trouve confronté à l'impérialisme, le pouvoir absolu, l'immaturité, le sentiment de supériorité. Ainsi, ils doivent comprendre le monde oriental décrit par l'historien et se faire une idée globale de la vie quotidienne des peuples de l'Orient et de leurs conquêtes scientifiques. L'enseignement vise à rechercher dans les histoires citées à la fois l'action, le lien organique et le genre littéraire.
Anthologie de textes : La Grèce Ancienne : les lieux et les hommes (en grec ancien)
Cette méthode propose un voyage géographique et imaginaire dans le monde ancien. L'alternance des sujets, des auteurs et des époques suscitent l'intérêt des élèves qui sont alors invités à voir :
Athènes : sa légende et son histoire, ses grands hommes ; la vie quotidienne et les activités des Grecs : les Jeux Olympiques, le théâtre, les classes sociales et les métiers, la condition des femmes et l'éducation.
Le choix des textes répond à trois axes :
Le " lieu ", géographique, des régions de la Grèce importantes avec lesquelles la vie et l'action des hommes a été lié ; Les " hommes ", dans leur vie quotidienne, pour montrer que l'antiquité n'est pas une notion abstraite mais une réalité de présence de la vie humaine ; Le " lieu de l'imaginaire " (ou de l'utopie). Dans les histoires imaginaires, les élèves s'évadent de la réalité, ce qui fut pour les anciens aussi un besoin.
Ces chapitres contiennent une leçon d'étymologie, de grammaire et de vocabulaire, ainsi que des exercices.
Ces textes concernent les lieux : Athènes -Attique, Sparte, Epire, Thessalie, Delphes, Olympie, Lesbos, Crète et sont des textes de Plutarque, Aristophane, Thucydide, Hérodote, Pindare, Strabon, Euripide, Pausanias. ; L'habitation :Eschine, Xénophon, Isocrate ; La décoration des maisons : Plutarque, Andocide ; Les relations entre les hommes et les femmes, Euripide, Xénophon, Platon, Hérodote, Simonide ; Les éphèbes : Xénophon, Plutarque, Platon ; L'agora d'Athènes : Pausanias, Eschine, Démosthène ; Les Métiers : Platon, Hérodote, Plutarque ; Les fêtes et les banquets : Aristophane, Plutarque, Aristophane, Pausanias, Athénée, Platon ; la Science et la Technologie : Hippocrate Plutarque, Hérodote ; l'Imaginaire : Lycien, Apollonios, Théocrite, Platon.
B. Etude de la langue : grammaire
Morphologie :
La 3ème déclinaison des adjectifs, adjectifs en -uv", -eÚjw", -o", -wvo", -uv", -Úuvo" ; Les adjectifs -Úuv", -eiva, -uv, -wvn, -wvn, -ovn, -hv", -hv", -ev" ; Les pronoms et les conjonctions
Syntaxe
Le COD, les compléments, les adverbes, le participe adverbial, les subordonnées, les verbes impersonnels et leur sujet, propositions hypothétiques.
4. 3ème classe du Collège (14 ans)
A. Textes en traduction (Théâtre, Euripide, Hélène ou Aristophane, Oiseaux)
A cet âge-là , on considère que les élèves sont enfin assez mûrs pour s'initier à la poésie dramatique qui est un grand moment de la littérature mondiale car elle conjugue le rituel des fêtes dionysiaques, l'action extraordinaire de l'épopée, la mélodie et la promotion de la poésie lyrique, la pensée de la philosophie, les techniques du discours rhétorique, le dialogue et l'histoire.
Le drame est bien sûr un discours artistique et réfléchi, mais avant tout c'est du théâtre, ce qui permet la participation de tous les élèves. Ils peuvent s'identifier aux rôles des comédiens, apprécier les chants du chœur, les costumes, les mouvements et les diverses images. Par ailleurs, le théâtre est étroitement lié au monde actuel (spectacles, festivals) et fait aussi partie des programmes européens tels que Comenius ou Lingua. Donc, très familier aux élèves, il fait partie de leurs matières préférées. Euripide est choisi parce que ses héros n'ont pas l'âme sublime d'Eschyle, ni la force du carctère de Sophocle. Ils vivent et agissent dans le monde, réfléchissent, argumentent, décident et souffrent comme tous les mortels. Hélène, est un personnage qui a beaucoup influencé la tradition littéraire grecque et étrangère. Elle n'est pas un personnage " tragique " au sens des héros de Sophocle, mais la pièce a toutes les caractéristiques de la tragédie : aventure, reconnaissance, l'apogée, la katharsis.
Par ailleurs la présence de la comédie dans le programme se justifie pour les raisons suivantes :
Le besoin d'apprendre à rire, le sens du comique, de l'humour. Son absence rendrait incomplète l'image que les élèves se font de la personnalité du Grec : un homme toujours sérieux, qui se pose des problèmes, qui philosophe, et réfléchit.
La comédie attique est très actuelle pour l'homme moderne car elle puise son vocabulaire dans les différents niveaux de langue et crée ainsi le comique. Aristophane place des problèmes compliqués dans la bouche d'hommes simples tels que : la création du monde, les agon , l'abus du pouvoir, la fin de la guerre, dans un monde onirique, loin de la misère de la terre. Dans le monde imaginaire, hommes et oiseaux jouissent des biens d'une coexistence juste (écologique). Les métaphores avec les oiseaux sont très parlantes et réjouissent les élèves. Ainsi ils apprennent à approfondir à des niveaux différents de la langue et juxtaposent le réel et l'imaginaire.
Anthologie des textes : Paideia : Musique, Gymnastique, Sports ( Enseignement en grec ancien)
Cette méthode consiste à former les jeunes d'aujourd'hui d'après les méthodes pratiquées dans la Grèce ancienne. Ils approfondissent leurs connaissances dans le monde ancien, la vie publique et privée, dans les domaines de la musique, de la gymnastique par des textes de poésie lyrique.
1. Les textes philosophiques (présocratiques, sophistes, Platon, Aristote) se réfèrent aux problèmes de la paideia et de l'enseignement, ils sont porteurs d'une problématique et les élèves peuvent ainsi approcher de grands moments de la vie culturelle antique. Grâce aux textes philosophiques, les élèves font connaissance avec le système éducatif antique, surtout celui d'Athènes de la période classique, en tant que réalité en relation étroite avec les conditions politiques, sociales, culturelles et économiques de l'époque. Un dernier but est de trouver les différences et les convergences entre les présocratiques, les sophistes, Platon et Aristote sur les matières de la paideia et de trouver les différences avec le système éducatif actuel.
2. Avec la poésie lyrique ils peuvent se rendre compte des notions de poésie, de musique, de gymnastique et d'athlétisme pour le développement du corps et de l'âme (kalo;" kajgaqov"), donc les valeurs éducatives. Les élèves peuvent ainsi cultiver leur sensibilité en pénétrant dans le monde sentimental des poètes et se rendre compte jusqu'à quel point ce monde reste inchangé au fil des siècles.
Poésie lyrique 12 heures.
Textes : Tyrtée, Archiloque, Théognis, Alcman, Simonides de Kéa, Pindare, Xénophane, Sapho, Alcée, Anacréon, Stésichore.
Textes philosophiques 13 heures
Présocratiques, Démocrite, Pythagore, Héraclite, Sophistes, Platon, Aristote.
B. Etude de la langue
Tout le travail se fait de la manière suivante : leçon d'étymologie, de grammaire et de vocabulaire. Cela est complété par des exercices que les élèves doivent travailler chez eux. Les exercices varient selon la leçon mais ils cherchent à rendre le texte en grec moderne, (il ne s'agit pas d'une traduction mais de donner le sens du texte). Ensuite on analyse le sens et l'idéologie et on procède aux exercices dont le but est de développer l'esprit critique de l'élève .
Les exercices de grammaire varient : déclinaisons des noms : conjuguez tel nom au singulier, déclinez la deuxième personne du pronom personnel ou conjugaisons des verbes : conjuguer le futur Indicatif d'un verbe, donner le pluriel des mots, changer le cas des mots, compléter les blancs avec le mot entre parenthèse par le mot qui convient.
Morphologie
On travaille sur l'aoriste 2 des verbes (voix active et moyenne), le future de la voix passive, les verbes en -avw, -evw, -ovw, les noms de la troisième déclinaison, des noms irréguliers (pai`", gunhv, nau`"), les comparatifs des adjectifs, les verbes en -mi (deivknumi)
Syntaxe
Les propositions et leurs cas, la manière de coordination des propositions subordonnées, la comparaison.
Conclusion.
L'enseignement du grec par les textes traduits au Collège répond aux critères pédagogiques appropriés aux besoins des jeunes Grecs. La méthode suivie depuis 1995 n'est donc pas traditionnelle (grammaire, syntaxe, traduction) mais elle met l'accent sur la sensibilisation des Grecs aux œuvres et à la vie de leurs ancêtres. On donne d'abord aux jeunes le goût de lire les auteurs de l'Antiquité. Ensuite, on les familiarise avec la langue grecque moderne et les autres formes de la même langue, en passant par les phases d'évolution. Et à la fin, on passe à l'étude des textes originaux, pour montrer que la langue d'aujourd'hui, au fil des temps s'est simplifiée. Le but au collège donc est de démontrer cette continuité et la force de la langue. Cette approche se fait à trois niveaux :
Au niveau du système grammatical (morphologie et syntaxe), au niveau du sens (vocabulaire), au niveau de la réception du texte (discours organisé).
L'enseignement de la grammaire et de la syntaxe est parallèle, on passe des phénomènes simples aux plus compliqués et rares. Nous mettons en valeur la relation étymologique du grec moderne au grec ancien, ainsi que la formation des mots de même famille afin d'élargir le code langagier des élèves. En fin, le texte est perçu comme un ensemble organique dont les membres sont liés entre eux. L'élève doit alors valoriser les éléments de la structure du texte.

IV. L'ENSEIGNEMENT DU GREC ANCIEN AU LYCEE.
Le système éducatif grec veut que les élèves choisissent leur branche d'études pour passer les examens d'entrée à l'Université. Trois classes au lycée : pendant la première tous les élèves suivent le même cursus. Pendant la deuxième et troisième, une branche commune est assurée pour tout le monde, plus un cursus complémentaire pour chaque section, appelée programme d'orientation théorique. Voici le programme :
1. Programme global
a. Textes : 1ère classe 3h par semaine : Xénophon, Thucydide, (Janvier-mai 46h)
2ème classe
b. Programme d'Education générale 2h par semaine : Drame : Sophocle, Antigone en grec ancien et Œdipe-roi par traduction
c. Programme d'orientation théorique 2h par semaine
Textes rhétoriques et politiques (Septembre-février 40h) ; Lysias, Démosthène, Isocrate, Anthologie de poésie épique et lyrique, (Mars-mai 16h)
d. 3ème classe 84 h
Textes politiques et philosophiques orientés vers les notions suivantes : polis, citoyen, régime, société, vertu :
Thucydide, 20h ; Platon, 34h ; Aristote, 30 h.
Grammaire
Pour la grammaire de la 1ère classe : 3ème terminaison, certaines catégories des verbes, imparfait, parfait, plus que parfait, aoriste des verbes en -mi et les verbes fhmiv … oij`da, devdoika ; Le style indirect et les suppositions, certains cas de l'attribut, du COD, des compléments circonstanciels, quelques cas de subordonnées. On continue avec les noms et les adjectifs de la 1ère et 2nde déclinaison, des noms de l'attique, des aoristes 2 rares, des adjectifs en -tevo", tov", style indirect, participe des verbes impersonnels.
Objectifs généraux
Le but de l'enseignement du grec ancien au lycée est double : Comme précédemment dit, l'enseignement s'adresse à deux types des destinataires : aux scientifiques et aux littéraires. Pour les deux, les objectifs généraux sont les suivants : Etudier et approfondir les textes originaux représentants de tous les genres littéraires. La connaissance de la langue ancienne constitue le principal objectif car la langue constitue l'un des éléments les plus importants de la civilisation grecque. On progresse donc vers l'étude des phénomènes plus complexes, on étudie les dialectes différents (ionien, éolien, dorien). Les élèves découvrent ainsi et apprécient le grec ancien et par ce biais la richesse de la pensée des Grecs anciens.
a. 1ère classe :
Le choix de Xénophon est fait pour faire connaître aux élèves une époque dramatique de l'histoire grecque véhiculant des messages importants : les raisons qui ont poussé au régime des Trente et les bienfaits de la démocratie, le style clair de Xénophon, premier reporteur de l'époque.
Le choix de Thucydide est fait pour montrer la période de la longue guerre civile, le jeu diplomatique et la politique des grandes forces, la cruauté des conflits civils. Le besoin des petits de trouver un soutien politique. Et en fin, de mettre en relief la capacité extraordinaire de narration chez Thucydide ; son esprit critique aigu et son talent pour rendre d'une manière évocatrice les situations tragiques.
b. 2ème classe : a. classe générale
Au Lycée les élèves se préparent pour les examens d'entrée à l'Université. Une première partie sera présentée à la fin de l'année scolaire. Ceci fait, ils choisissent leur branche d'études : théorique pour les littéraires et scientifique pour les autres. Or, le grec ancien tient bien sa place depuis 1995 et ils sont tous obligés de suivre un tronc commun qui comporte entre autres le cours de civilisation, de littérature et de la langue ancienne. Les littéraires suivent en plus une formation complémentaire en grec ancien.
Sophocle, Antigone (en grec ancien)
Prologue. La décision d'Antigone d'enterrer Polynice ; Créon et le chœur ; Créon et Antigone ; Créon et Hémon ; Créon et Tirésias ; Exodos ; Dénouement.
Les élèves étudient le problème central de la tragédie, le comportement des héros, les honneurs envers les morts, les options personnelles libres, la dimension tragique des personnages, surtout de Créon et d'Antigone. Pour Œdipe-roi (en traduction), ils doivent mesurer du rôle du destin dans la vie des hommes.
c. 2ème classe d'orientation théorique
Textes rhétoriques : la vie publique et privée. On apprend à connaître l'argumentation, les mœurs et les passions des rhéteurs. L'étude de Lysias, Démosthène et Isocrate a pour but de montrer aux élèves les convergences entre ces auteurs, leur foi dans la démocratie, mais aussi leurs différences au niveau de la politique extérieure. Ces textes visent à mettre l'accent sur les vertus du discours, la conception du bon citoyen, les passions politiques, la guerre et la paix, la démesure.
Anthologie de la poésie épique et lyrique.
Pendant le Collège, les œuvres homériques sont vu dans les grandes lignes en traductions, car la langue est ionienne, éolienne et dorienne et que les élèves ont simplement suivi l'enseignement de base du grec ancien, l'attique. Maintenant les élèves connaissent les œuvres homériques dans leur langue d'origine, et étudient ensuite les spécificités langagières, métriques et expressives. De la poésie lyrique, ils reconnaissent les thèmes communs chez les lyriques : la diversité de la vie sociale, le destin de l'homme, son bonheur et son malheur, les rapports avec les dieux, l'amour, l'amitié, la guerre, la paix.
d. 3ème classe
Programme d'orientation générale
A ce niveau, les études en viennent à un genre complexe, le discours philosophique. Le but de l'enseignement est de s'initier au discours des deux grands philosophes, Platon et Aristote et d'apprécier leur rôle dans l'organisation de la cité, la justice, la vertu personnelle et la démocratie. La vertu tient une place prépondérante dans le cursus, Protagoras est ainsi vu, sous l'angle de l'enseignement de la vertu, de la place importante de l'éducation dans la vie de la société athénienne et du bonheur des citoyens. Ce bonheur du citoyen est la préoccupation d'Aristote dans l'Ethique à Nicomaque ainsi que la nature et les genres de la vertu, les lois et la justice.
Les méthodes pédagogiques :
On a vu que le choix des textes répondait à une certaine rigueur. On essaie de construire des unités thématiques, des centres d'intérêts communs pour pouvoir étudier les textes. Des traductions il n'y en a plus guère en terminale, tout simplement parce que, contrairement au Collège où l'élève devait transposer le sens des écrits, au lycée, il doit procéder à la traduction. L'art de la traduction est complexe, car il ne s'agit pas seulement de transposer des phrases et traduire des mots. Il faut avoir une bonne maîtrise de la langue, une aisance par rapport au vocabulaire et la syntaxe mais aussi une connaissance parfaite du contexte socioculturel de l'œuvre qu'on traduit.

V. LE GREC ANCIEN A L'UNIVERSITE.
Après avoir été admis aux examens d'entrée à l'Université, les littéraires suivent un cursus de quatre ans. Toutes les branches littéraires font partie de la Faculté de Philosophie qui est divisée en : Section Classique (Lettres Classiques et Modernes), Section d'Histoire et d'Archéologie, Section Pédagogique et Section des Langues Etrangères. Le cours de grec ancien est important et assuré dans toutes les sections. Evidemment, il est plus important pour la Section Classique.
Les buts sont d'approfondir la connaissance de la civilisation des Grecs, mais cette fois par le biais de la langue. On met l'accent sur l'entraînement à la version et l'approfondissement des connaissances grammaticales. La méthode principale est la version. La maîtrise de la langue étant acquise, on passe à l'étude des œuvres de tous les genres littéraires.
Le choix des textes est aléatoire et dépend vraiment des champs d'intérêt de l'enseignent. Une chose doit être respectée : tous les genres littéraires seront étudiés.
Programme : Homère, Odyssée, Iliade, Hymnes homériques ; Historiens grecs : Hérodote, Xénophon, Thucydide ; Tragédie : Eschyle, Sophocle et Euripide ; Comédie : Aristophane, Ménandre ; Textes rhétoriques : Lysias, Démosthène, Isocrate ; Textes philosophiques : Platon, Aristote ; Poésie lyrique : Archiloque, Sapho, Alcée, Alcman, Théognis, Stésichore, Pindare ; Roman grec : Héliodore, Longus, Achille Tatius, Chariton, Xénophon d'Ephèse ; Textes religieux : Ancien et Nouveau Testament, Evangiles, Psaumes, textes ecclésiastiques.
L'esprit de notre époque et les besoins contemporains favorisent la culture générale et non pas la spécialisation. Cet enseignement universitaire vise à former des hommes créatifs, qui, sans être coupés de leur passé, agissent dans le présent et élaborent l'avenir.

CONCLUSION
La méthodologie appliquée depuis 1995 au système éducatif de l'enseignement du grec ancien commence à avoir des résultats positifs. On s'est aperçu que l'introduction au Collège de textes anciens faciles à lire et à comprendre était un facteur motivant pour l'apprentissage de la langue. Dans son roman La Langue Maternelle, 1995, Vassilis Alexakis, écrivain grec, scolarisé en Grèce dans les années 50 écrit:
" J'ai ouvert l'Iliade. Je n'avais pas vu le texte original depuis l'école. J'ai lu deux vers et je me suis aussitôt reporté à la traduction, sur la page de gauche. J'ai lu encore un vers et sa traduction. J'ai continué ainsi, pendant un moment : mon regard allait d'une page à l'autre comme si je suivais un match de tennis. J'ai dû reconnaître que l'original demeurait aussi hermétique pour moi qu'il l'était au lycée. Je me suis souvenu que nous ne disposions pas à l'école de traduction des auteurs classiques. Il nous fallait apprendre parfaitement le grec ancien pour pouvoir apprécier Homère ou Platon. L'Iliade était une suite de rébus, comme le Banquet et Antigone. "
Cette ancienne méthode si peu efficace et si stérile a été transformée par le travail sur la civilisation et aussi grâce à la technologie (CD-ROM, vidéo, diapo). Elle suscite ainsi la curiosité de l'esprit des jeunes qui sont ainsi amenés à étudier les différentes périodes de leur langue et de leur civilisation. En autre, ces jeunes sont en relation avec les chansons populaires qui trouvent leur origine dans les œuvres homériques.
D'une manière générale, le rôle de l'école en Grèce a changé en ce qui concerne la langue ancienne. Elle n'a plus l'ambition d'initier les élèves à la poésie ou à la philosophie en leur apprenant d'abord une langue, qui, sans être complètement étrangère à la leur, est très difficile. L'étude des textes qu'ils découvrent d'abord en traduction, séduit les jeunes qui passent ensuite plus volontiers à l'étude de leur langue. Le processus s'est inversé : on ne part plus de la langue pour arriver à l'œuvre, mais de l'œuvre pour arriver à la langue. On ne se préoccupe plus d'abord de la lettre mais de l'esprit .

Numéro 10 (2000)

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