Université Stendhal MSH-alpes : Maison des Sciences de l'Homme CNRS

LE PROBLÈME DE LA GUERRE DE TROIE

Depuis les découvertes de Schliemann en 1870, l'existence de la ville de Troie ne fait plus de doute. Par contre, celle de la guerre de Troie, telle que la raconte Homère, reste problématique car les données archéologiques et historiques ne coïncident pas. En effet, le niveau archéologique correspondant à une destruction de la ville par des hommes (niveau VIIa) est datable entre les années 1210 et 1150 ; or à cette époque, ce ne peut plus être l'oeuvre des Mycéniens dont les palais ont déjà été détruits. Il faudrait alors admettre qu'Homère attribue aux Achéens des exploits qui sont ceux d'un autre peuple. Quant à la couche de destruction VIh (vers 1250), qui elle est bien contemporaine des palais mycéniens, elle est due à un tremblement de terre. Cela a conduit plusieurs spécialistes à rechercher dans les niveaux précédents (VIf et g) remontant au début du XIVe siècle, les signes de la venue des Achéens. Il est intéressant de noter que la légende du cheval de Troie, offrande des Grecs à Poséidon dieu des séismes, pourrait conserver l'écho de la catastrophe naturelle ayant détruit la ville.

Le tableau ci-dessous des différentes dates de la guerre de Troie telles qu'elles apparaissent dans la tradition historiographique grecque, n'a d'autre but que de montrer la vanité de toute tentative cherchant à concilier les traditions discordantes des chronographes, les données de l'archéologie et les récits homériques. Il faut admettre que dans l'état actuel de la documentation rien ne permet d'affirmer que la chute de Troie est l'oeuvre des Mycéniens, et qu'il n'y a en tout cas aucune preuve archéologique de l'historicité de la guerre de Troie. Cela n'enlève rien au fait que la chute de Troie représentait dans l'esprit et l'imaginaire des Grecs un événement assez important pour qu'il l'aient choisi comme point de départ de leur histoire ; la tradition orale, puis écrite, des récits homériques a sans doute joué un rôle essentiel dans ce choix. Le thème de la chute de Troie (Ilioupersis en grec) est très largement utilisé dans le répertoire iconographique de l'art grec. L'une des oeuvres les plus célèbres était la grande peinture murale qui ornait la Leschè des Cnidiens à Delphes, réalisée par Polygnote de Thasos dans la première moitié du Vème siècle.

Dates de la guerre de Troie dans la tradition historiographique grecque (d'après F. Cassola, La Ionia nel mondo miceneo, Napoli 1957, p. 24 sq.) :

  • 1344-1334 : Douris de Samos (76 Jacoby fr. 41 ; Timée, 466 Jacoby fr. 80, 146 b)
  • 1300-1290 : Eretès (242 Jacoby fr. 1)
  • 1280-1270 : Pseudo Hérodote, Vie d'Homère XXXVIII ; Hérodote II 145 (?) : d'après ce témoignage d'Hérodote, on propose aussi les dates de 1272-1262 et 1260-1250...
  • 1222-1212 : Dicéarche (FHG II, Müller fr. 7)
  • 1218-1208 : Hellanikos (4 Jacoby fr. 152) ; Ephore (70Jacoby fr. 223) ; marbre de Paros XXIII-XXIV, ligne 28-40.
  • 1210-1200 : Hécatée et Thucydide selon certains commentateurs
  • 1208-1198 : Manéton, Julien l'Africain selon certains commentateurs
  • 1202-1192 : Timée (566 Jacoby fr. 125)
  • 1200-1190 : Velleius Paterculus I, 8
  • 1194-1184 : Eratosthène (241 Jacoby fr. 1) ; Apollodore (244 Jacoby fr. 61-62 = Diodore de Sicile I 5, 1) ; Diodore de Sicile XIV 2, 4 ; Castor (250 Jacoby fr.3) ; Denys d'Halicarnasse II 2 ; Eusèbe, Chronique (p. 89 K. ); Orose, Histoire contre les païens I 17, 1.
  • 1192-1182 : Girolamos(p. 60 H. ligne 24).
  • 1182-1172 : Sosibius (595 Jacoby fr. 1)
  • 1160-1150 : Artémon (443 Jacoby fr. 2) ; Démocrite dans Diogène Laërce IX 41.

La Grèce, de la période mycénienne à la période archaïque

La Grèce, de la période mycénienne à la période archaïque

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