Université Stendhal MSH-alpes : Maison des Sciences de l'Homme CNRS

Autres publications récentes 2005

La Pensée chatoyante

Pietro CITATI, Brigitte PÉROL (traduit de l'italien par) - 2004

Paris, Gallimard.

Dans La Pensée chatoyante, l'écrivain relit Homère: un passionnant voyage avec Ulysse, Télémaque et Nausicaa.

Pietro Citati n'est pas strictement historien, critique littéraire, théoricien de la littérature, conteur, romancier, mythographe ou biographe. Peut-être serait-il tout cela à la fois. Citati, en bref, est très agaçant, comme ces intellectuels de haute culture qui prennent un malin plaisir à se dérober à la moindre tentative de classification. Ce n'est pas la publication de La Pensée chatoyante, ce vagabondage littéraire du côté d'Ulysse et de l'Odyssée (traduction de son beau titre italien, la Mente colorata, difficile à rendre en français, le mot mente n'étant ni tout à fait l'esprit, l'intelligence, la mémoire, l'attention ou la pensée mais un subtil mélange de ces concepts), qui arrangera les choses. A la rigueur, une seule qualité pourrait être sans conteste attribuée à Citati, celle de lecteur - un lecteur attentif, infatigable, curieux, vigilant, émerveillé aux intuitions sensibles, à la mémoire prodigieuse, et qui donne envie à ses lecteurs de lire et relire à leur tour.
Le voici donc qui se penche sur Homère et, plus précisément, le second Homère, l'auteur de l'Odyssée.
Le voici qui fraternise avec Ulysse - ce premier héros si humain de la littérature occidentale, ce personnage si peu romantique, qui ne cherchait pas la tragédie à tout prix mais préférait s'attacher au mât avant de s'exposer aux séductions et aux révélations des sirènes -, et il nous le fait aimer dans ses malices, ses ruses, ses trahisons, sa complexité. Goethe et Schiller se trompaient quand ils affirmaient que les personnages de l'Iliade et surtout de l'Odyssée n'avaient pas de vie intérieure, qu'ils ne se déplaçaient que dans des récits sans arrière-plans et n'existaient que dans la mesure où ils agissaient. Relisant pour nous, avec nous, l'Odyssée, nous la racontant, nous la commentant, nous en dévoilant, les secrets, les ellipses, la modernité, soulignant ce retrait des dieux encore si présents dans l'Iliade et qui désormais ne commercent plus guère avec les hommes, Citati nous prouve exactement le contraire. II nous remet en présence, dans toutes leurs complexités, comme si nous ne les avions jamais aiment quittés, de Nausicaa et d'Alcinoos, de Circé et de Pénélope, de Polyphème et de Télémaque.
Peut-être regrette-il, dans l'Odyssée, cet éloignement relatif d'Apollon, d'Athéna, de Poséidon ou d'Aphrodite, qui rendaient le monde si intelligible - et ce ne sont pas à l'évidence les laborieux concepts de la psychanalyse, Œdipe et les autres, qui pourraient y remédier. Cela, bien sûr, Citati ne le dit pas. Il se contente pour sa part d'une troublante intimité avec Hermès, ce dieu complice d'Ulysse, ce dieu des relations, qui unit entre eux toutes les parties de l'univers, prêt à établir des analogies entre les choses les plus lointaines, qui surveille les frontières, les carrefours, les portes des cités, qui est le dieu des voyages, du commerce, du langage, de la mémoire, de la recherche, de la traduction, de l'interprétation, de la critique littéraire. Hermès sous l'invocation de qui (on n'osera pas dire sous la dictée de qui) Citati a écrit ce livre - et que les dieux de l'Olympe en soient tous ici remerciés!

Né à Florence en 1930, Pietro Citati est collaborateur régulier de la Repubbica. II est l'auteur de livres consacrés à Toistoï, Katherine Mansfield, Kafka, Goethe et Proust. En 1991, son roman familial, Histoire qui fut heureuse puis douloureuse et funeste, a reçu le prix Médicis étranger. II vit à Rome.

(Frédéric VITOUX, le nouvel Observateur, n°2091, 2-8 décembre 2004)

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