Université Stendhal MSH-alpes : Maison des Sciences de l'Homme CNRS

15 - Le tournant de la méthode : La Roche.

Tout ceci nous amène au terme de notre parcours et aux deux premières éditions réellement fondées sur la révision de la tradition manuscrite : Jacob La Roche (1832-1906), Homeri Odyssea ad fidem librorum optimorum edidit J. L. R. Accedunt tabulae XI specimina librorum exhibentes, Leipzig, Teubner, 1867-1868, 2 tomes en 1 vol. in-8°, et Homeri Ilias ad fidem librorum optimorum edidit J. L. R., 1873-1876, 2 tomes en 1 vol. in-8° et VI + 361 [+ 2 pl.] + 395 pp. Basées sur le catalogue des codices homériques établi par l'auteur dans l'Anhang über die Homerhandschriften qui termine son Homerische Textkritik im der Alterthum
(pp. 433-473 [Iliade] et 474-487 [Odyssée]), ces éditions reposent, nous dit ce livre, p. VI, sur la collation personnelle de 18 manuscrits des deux épopées. La préface de son Odyssée nous apprend que La Roche en a lu 10 (les mss. de Venise M i k n, ceux de Vienne X Y b l q, le Monacensis U), outre cinq autres dont il a eu connaissance par des tiers (H J O Z W) — à titre de comparaison, Ludwich utilisera pour la sienne 18 manuscrits : six revus in toto par ses soins (F P H D T U) plus deux collationnés à moitié par lui (K I-XII, L XIII-XXIV), ainsi que six autres, soit collationnés partiellement (G X), soit révisés à titre de sondages (M N S Y), à quoi il faut ajouter quatre derniers lus par divers collaborateurs ou intermédiaires (J O Z W) —. L'édition qui en a résulté donne une image équilibrée de la tradition, relativement influencée par les leçons d'Aristarque et admettant dans le texte les lignes mal attestée. Il est plus délicat d'identifier quels sont les manuscrits iliaques dont s'est servi La Roche ; la promesse de la très courte Préface de 1873 (pp. V-VI ; noter que cette première partie est dédiée à la mémoire de sa femme Bettina, qui a reçu un magnifique éloge versifié en fin de Préface), " prolegomena alteri uolumini adiicentur ", n'a pas été tenue, et l'édition manque même d'une table des sigles. Par sa brochure de 1862 (Text, Zeichen und Scholien des Berühmten Codex Venetus zur Ilias, Wiesbaden, Limbarth), il est établi qu'il a collationné le Venetus A ; d'autre part, la Préface laisse entendre qu'il a relu C, D et les mss. d'Allen V1 V 2 V5, à quoi il a ajouté les leçons des papyri et des témoins onciaux alors disponibles (les P. Bankes et Harris, un papyrus de Paris [Die Homerische Textkritik..., pp. 448-450], l'Ambrosianus pictus et le Palimpseste syriaque), ainsi que les variantes éventuelles des citateurs et celles des Alexandrins. Restent ainsi deux manuscrits qu'on ne peut identifier, à défaut d'indications explicites. " In tanta copia librorum manuscriptorum, quibus haec carmina continentur, eos mihi potissimum eligendos duxi, qui et uetustate et praestantia eminent, quorum principes sunt Venetus A, omnium qui adhuc innotuerunt longe praestantissimus, et Laurentianus D, liber optimae notae et adhuc fere incognitus. His libris summa cum diligentia collatis adiunxi tres Vindobonenses et Laurentianum alterum, qui post D proximum locum obtinet, deinde fragmenta antiquissima in papyro scripta nec non fragmenta Ambrosiana et quae ex palimpsesto Syriaco Curetonus edidit. Nec testimonia ueterum scriptorum et grammaticorum Graecorum mihi praetereunda esse censui, quo factum est, ut haec Iliadis editio uariis lectionibus undique congestis sit ornata (...) " (Préface, p. V). L'édition est avant tout précieuse pour la constitution d'un apparat critique systématique et ordonné, quoique touffu (les uariae lectiones manuscrites dans un premier étage, très fourni, l'adnotatio critica, c'est-à-dire le report des variantes de l'Antiquité, dans un second), et marquait enfin un net progrès grâce au report extensif des leçons de D, utilisé pour la première fois, mais de façon homéopathique, par C. A. J. Hoffmann en 1864 (cf. Allen maior, I, p. 268). Sous l'angle de la constitutio textus, La Roche s'inscrit dans la lignée de Dindorf et Pierron : " ... imprimis autem id egi, ut textum ederem, qui proxime accederet ad Aristarcheam recensionem, quae omnium iudicio praestantissima et accurratissima habetur, a qua non nisi grauissimis de causis recessi. Hanc etiam omnibus libris dissentientibus secutus sum cum multis singulis locis tum in scripturis $Ãdh, e¸ºth/kei, eàlkon, hâxi, e_be/ºeto, eãdeiºen, aliis. Vbi de Aristarchi scriptura nihil certi est traditum, eas lectiones praetuli, quae optimorum librorum fide et auctoritate nituntur, secutus praecipue Venetum A et Laurentianum D, in quibus haec carmina incorruptissime et integerrime sunt seruata. Digammi rationem habui fere nullam, neque e_gwÜ eiãpw B 139, I 26, 704, M 75, dhì oãpa G 221 propter digammum scripsi, sed motus auctoritate librorum optimorum, conf. E 475, Z 90, ubi e_gwÜn i_de/ein et oຠoiì libris inuitis non mutaui " (Préface, suite, pp. V-VI). Il convient de faire table rase des accusations portées par Monro, Trans. Oxf. Philol. Soc., 1886-1887, p. 32, selon lesquelles l'apparat iliaque serait loin d'être toujours fiable : La Roche n'est certes pas irréprochable dans ses lectures et ses reports de variantes, mais le niveau d'exactitude de beaucoup d'éditeurs plus considérés que lui n'est pas comparable au sien (je pense à l'Eschyle de Wilamowitz, marqué par une grande précipitation dans la préparation puis par une exécution matérielle relativement peu soignée), ses collations sont " tolerably exact " selon l'appréciation d'Allen maior (I, p. 269) — juge infiniment plus qualifié que Monro —, et surtout, il a eu le grand mérite d'instituer un nouveau standard scientifique pour les éditions.

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