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16 - Premiers successeurs de La Roche

L'influence de La Roche sur les études homériques a été prodigieuse. Il est resté l'autorité principale en matère d'orthographe et ses éditions ont constitué la pierre de touche de la critique postérieure, jusqu'à ce que Ludwich produise dans la grande collection Teubner son Aristarchs homerische Textkritik (1884-1855, lequel confirmait et approfondissait l'option aristarchéenne du savant viennois), puis ses propres éditions sur collations refaites. Deux des ';suiveurs' de La Roche doivent ici être mentionnés. August Nauck (1822-1892) reprendra ses collations et son option aristarchéenne, et se servira de ses textes comme d'une Vorlage pour ses propres éditions critiques abrégées (Homeri Odyssea cum potiore lectiones uarietate ededit A. N., Berlin, Weidmann, 1874, 2 tomes en 1 vol. in-12° de XXII + 222 + XVI + 223 pp. ; Homeri Ilias cum potiore lectiones uarietate ededit A. N., ibid., 1877-1879, 2 vol. in-12°, XXVI + 308 et XXIV + 340 pp.). Celles-ci outre des préfaces instructives (Od. : I, pp. V-XV, II, pp. V-VI et Addenda et corrigenda pp. VII-X ; Il. : I, pp. V-XIX, II, pp. V-XIII et Addenda et corrigenda pp. XIV-XVI), valent essentiellement pour leurs conjectures (rarement reçues dans le texte, à l'exception des formes résolues là où la métrique en faisait obligation) et pour l'apparat, réduction habile et très commode de ceux de la Roche. Sur le plan de la doctrine, si Van der Valk a eu raison de rappeler que Nauck, en tant qu'éditeur d'Aristophane de Byzance (1848), a considéré avec assurance la possibilité que plus d'une leçon de ce grammairien offre un degré de fiabilité supérieur à celles d'Aristarque (Textual Criticism of the Odyssey, Leyde, Sijthoff, 1949, § 1, p. 12 ; W. J. Slater, Aristophanis Byzantii Fragmenta, Berlin, De Gruyter, 1986, notamment p. 210, a pris depuis lors une position beaucoup plus nuancée), et s'il arrive à Nauck d'imprimer in textu des leçons de Zénodote (e.g. kaiì aãlloq¡ e¸h=i e_pi/nuººeº e_fetmh=i en Il. XIV, 249 au lieu de aãllo tehì e_pi/nuººen e_fetmh/ [Aristarque]), il est erroné d'affirmer, avec le critique hollandais, " in the preface to his edition of the Odyssey [Nauck] even launched a fierce attack on Aristarchus " (p. 12). Nauck, Homeri Odyssea, I, pp. IX-XI (et non pas IX-X comme l'indique Van der Valk dans sa note 5), s'est certes interrogé sur le degré de confiance mérité par Aristarque, et a dénombré quelques-unes de ses positions philologiques parmi les plus intenables, après avoir rappelé que " Aristarchum potissimum plurimos etiam nunc habet admiratores ac seruiles pedisequos " (p. IX ; suit un rappel de la position de Lehrs, puis : " ego uero tametsi non negarim Aristarchum acumine et obseruandi iudicandique facultate plerisque ueterum grammaticorum praestitisse, tamen errores eundem admississe contendo uix credibiles et qui hodie ne tironibus quidem debeant condonari. (...) "). Mais les conclusions qu'il en tire ne vont point, ce semble, au delà du scepticisme de méthode qu'un éditeur prudent est censé garder envers les positions toutes faites, surtout celles d'autrui : " istos uero Aristarchi errores, quibus aliae eiusdem grammatici paradiorqw/ºeiº facile possint addi, quo consilio attulimus ? Non ut obiurgaremus Aristarchum, cuius errores non tam ipsius ingenio quam aetati qua uixit imputandos arbitror, sed ut docerem Aristarchum fuisse non criticum omnibus numeris absolutum, sed hominem plurimis et grauissimis erroribus obnoxium linguaeque Graecae minus gnarum. Quod nolim ita accepi quasi alios grammaticos Alexandrinos huic ducam praeferendos ; immo uero suis quemque istorum criticorum uitiis laborasse arbitror. (...) Non mutabitur rerum condicio, siquis pertinaciter Aristarchum defensurus contenderit, quaecunque hunc uatem dedeceant, esse ab eo aliena et erroribus uel mendaciis deberi grammaticorum, qui uitiosis aliorum commentis summi grammatici auctoritatem praetenderint. Etenim si parum locupletes sunt quos de Aristarcho habemus testes, necesse est nostro potius nos uti iudicio antequam aut Aristarcho aut iis quae de Aristarcho traduntur temere fidem habeamus " (pp. X, XI)(22) .
L'Iliade de Wilhelm von Christ (1831-1906 : Homeri Iliadis carmina seiuncta discreta emendata, prolegomenis et apparatu critica instructa edidit G. C., Leipzig, Teubner, 1884, 2 volumes in-8° en pagination continue de IV + 742 pp.) quant à elle, fruit d'une subtile pensée analytique basée sur une réflexion très poussée sur la compositon, s'appuiera également sur les collations et même sur le texte de La Roche, à deux importantes modifications près — l'adjonction du digamma et l'adoption de quatre jeux de caractères typographiques imprimés en corps plus ou moins grands, afin de matérialiser les élargissements progressifs de l'épopée originelle (résumé utile des résultats de Christ en ce domaine dans l'Introduction to Homer de Jebb, pp. 126-128) —. " In restituenda autem prisca et genuina forma carminum quod meam operam non inter cancellos Aristarcheae recensionis inclusam uolui, apud prudentes iudices excusatione non indigebit praesertim in hac editione, in qua non solum ultra Alexandrinos grammaticos, sed etiam ultra Pisistratum ad rhapsodorum tempora et ad aetatem si minus Homeri, at tamen Homeridarum ascendere annisus sum. (...) Bonam autem spem habeo breui futurum esse, ut Homerus hac forma magis placeat faciliusque intellegatur et pueris quoque instituendis haec distributio carminum et genuini textus restitutio multo utilior esse uideatur quam tradita forma uiginti quatuor librorum et recentiora grammaticorum portenta priscae orationi Homeri immixta " (Préface, I, p. IV). L'apparat, judicieusement présenté (renvois systématiques aux paragraphes du livre II des Prolégomènes-commentaire : De apparatu critico, pp. 97-185) quoique très réduit, se borne à reporter en continu les seules variantes 'lourdes' ou probables de ACD (les autres manuscrits de La Roche étant mentionnés au cas par cas) ainsi qu'une sélection de leçons et d'athétèses, alexandrines aussi bien que modernes, et à justifier, soit les leçons impliquant le digamma, soit les corrections modernes adoptées par l'éditeur et ses propres exponctuations. Le texte, présenté en continu avec l'indication des chants en marge et celle des quarante lais reconstitués par Christ (Prolégomènes, livre I : De carminibus Iliadis separandis et ordinandis, pp. 1-96), et, dans un étage distinct de l'apparat critique, la concordance des vers répétés, possède le grand mérite de ne pas dérouter inutilement le lecteur tout en faisant le point sur les essais antérieurs de reconstitution génétique de l'œuvre (Wolf, Hermann, Lachmann, Köchly, Grote : voir les résumés, différents et complémentaires, de Jebb, pp. 107-126, et de Monro, Homer. Iliad, Books I-XII. With an introduction, a brief Homeric grammar, and notes by D. B. M., Oxford, Clarendon Press, 1884, 19245, pp. XXII-XXXVI). L'ensemble, notamment les très riches Prolégomènes, qui sont un modèle d'organisation et, du point de vue de la discussion des points de détail linguistiques et dialectaux, de clarté sans dogmatisme, respire la philologie modeste et extrêmement maîtrisée qui était la marque de l'auteur de la Geschichte der griechischen Literatur. On n'aura garde d'oublier de consulter, à la fin du vol. II, les Epilegomena (pp. 729-737) et l'Index rerum et uerborum in prolegomenis et commentariis illustratorum, partiel mais hautement suggestif (pp. 738-742).

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