Université Stendhal MSH-alpes : Maison des Sciences de l'Homme CNRS

1 - Au début était Villoison...

La première édition de l'Iliade à avoir droit au titre de préscientifique en raison de la véritable révolution philologique qu'elle a rendu possible, est celle de Jean-Baptiste Gaspard d'Ansse de Villoison (1750-1805), OMEROU ILIAS SUN TOIS SXOLIOIS. Homeri Ilias ad ueteris codicis Veneti fidem recensita. Scholia in eam antiquissima ex eodem codice aliisque nunc primum edidit cum asteriscis, obeliscis, aliisque signis criticis J. B. C. d'A. de V. (...), Venise, Typis et sumptibus fratrum Coleti, 1788, in-f°, LX + 120 + 532 pp. Cette luxueuse publication, sur parchemin, se subdivise en trois parties paginées indépendamment : après d'amples Prolégomènes, dont on trouvera un judicieux montage d'extraits chez Pierron (Appendice I, vol. II, pp. 499-516), elle fournit, sur deux colonnes, d'abord l'édition princeps du texte poétique du Venetus 454 A (folios 12-327) découvert par Villoison à la bibliothèque de Saint Marc à la toute fin de 1778 ou au début de 1799 (pp. 1-120), puis celle des scholies du même manuscrit et du Venetus 453 B, également mis à jour par Villoison durant son séjour vénitien, jointes à d'autres, de moindre importance, tirées du Lipsiensis 32 Li et recueillies de diverses mains (pp. 1-532). Bien qu'il faille tenir compte de la hâte avec laquelle l'ouvrage a été conçu, préparé, puis bouclé, par un auteur qui, bientôt absent de Venise en raison d'une tournée philologique en Allemagne (1782-1783) puis d'une grande circumnavigation en Méditerranée orientale (1783-1786), était ipso facto contraint de s'en remettre à l'acribie des Coleti, ses imprimeurs, chargés de la transcription des manuscrits, le moderne reprochera surtout à Villoison d'avoir cédé à un goût très Grand Siècle pour la polymathie érudite et la quête des honneurs savants (3), plutôt que d'avoir soigneusement préparé ses matériaux. À en juger avec le recul, le résultat était stimulant aussi bien par ses qualités que par ses défauts. Ses qualités tiennent essentiellement en la mise à disposition de la très riche collection des scholies A, avec ses variantes et ses ouvertures directes sur le travail d'Aristarque et de ses continuateurs, et en la divulgation d'un texte poétique remarquable par sa préservation de certains vestiges de l'orthographe et de la présentation alexandrines, et en soi supérieur à la vieille vulgate éditoriale issue des Poetae Graeci principes heroïci carminis d'Henri Estienne (1566) et perfectionnée de loin en loin par Joshua Barnes, les Clarke père et fils et Ernesti. Au passif de Villoison, on inscrira le caractère rébarbatif et presque inexploitable des Prolégomènes (lignes trop longues, phrases immenses, verbosité pédante, érudition éléphantesque(4), aussi désordonnés que riches en indications fécondes sur l'histoire du texte et les conditions de sa transmission (surtout pp. XIII-XLVIIII). Pareille présentation condamnait ces attendus philologiques à une publicité confidentielle ; le malheur est que, sans être informé au moins de leur substance, notamment du développement sur les signes critiques, pp. XVIII-XXII, il était bien difficile de retirer tout leur profit des scholies elles-mêmes, présentées en vrac, sans discrimination des différentes strates textuelles ni aucune élaboration. La non reproduction des signes critiques eux-mêmes à la marge gauche du texte poétique et la correction matérielle et typographique au dessous du médiocre (les Prolégomènes, p. I, l. 13, s'ouvrent sur une faute d'impression aveuglante dont l'auteur s'excuse p. LIX : le Venetus A coté d'emblée CCLIV au lieu de CCCCLIV !), achevaient de rendre peu user-friendly cet ouvrage magnifiquement présenté et d'un prix considérable pour l'époque. - Ce que Villoison clamait dans sa correspondance, " ille codex Venetus, qui Homerus uariorum totius antiquitatis criticorum uocari potest ", donne une juste idée des ressources critiques ainsi révélées, et fait prendre la mesure de l'impatience avec laquelle les savants de l'époque ont attendu, depuis les lettres de janvier et juillet 1779 où le savant français annonçait sa découverte à ses amis et depuis ses Anecdota graeca de 1781, où il en divulguait quelque chose, de s'en rendre compte par eux-mêmes. Cela laisse voir aussi la déception des lettrés (l'attitude de Wolf est symptomatique : Pierron, I, p. LXXXVI), demeurés, passée la surprise initiale, sur leur faim face à une publication mal digérée où à peu près rien ne ressortait, dont l'objectif et la méthode n'étaient pas clairement signifiés dans une Préface en forme, dont la collation imprimée trahissait sensiblement, sous certains aspects vitaux, la copie in linea du Venetus (hyphen, interaspiration et hypodiastole ne sont pas imprimés, les esprits figurent sur le grec en contradiction formelle avec le principe de la p. XLVIII : " accentuum et spirituum signa
omisi
, (...) ut typographicorum mendorum numerus minueretur "), et à laquelle manquaient même les secours élémentaires d'un index et d'une table des matières détaillée. Le triple index figurant au tome V de Clarke-Ernesti (Rerum memorabilium, pp. 260-281 ; In notas, pp. 282-309 ; Verborum in contextu, pp. 310-478, ce dernier encore utile par son ampleur), ainsi que le Conspectus eorum quae hac Iliadis editione continentur et les Signa ac notae editionum potiorum et codicum quorum usus fuit aliquis in hac editione mis par Heyne en tête du volume I de sa grande édition (pp. LII-LVIII et LIX-LXI), montrent assez évidemment quelles étaient les attentes de l'époque en matière d'aides à la lecture.

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