Université Stendhal MSH-alpes : Maison des Sciences de l'Homme CNRS

7 - Bothe homériste, ou le jeu de la mosaïque.

Avec l'édition complète de Friedrich Heinrich Bothe (1770 ?-1855), Homeri Carmina recensuit et explicuit F. H. B., Leipzig, Hahn, 1832-1833, 6 tomes en 4 vol. grand in-8°, VI + 377, 338 + 328, 270 + 271 et 552 pp., nous revenons au modèle consacré de l'editio cum notis uariorum, c'est-à-dire de la compilation plus ou moins raisonnée et digérée, sans conception bien précise quant à la direction dans laquelle perfectionner l'exégèse. " Feci igitur et ego, quod potui, sedulo ; cumque non tam illud ageretur, ut noua proferrem in medium, quam ut delectum adhiberem ad ea, quae uiri docti cum ueteres tum recentiores commentati essent, libris eorum, quotquot aut coëmi aut ex amicorum publicisque bibliothecis arcessi poterant, comparatis, propriisque etiam conquisitis et uelut ad regulam et libellam conditionis, quae nunc est, harum litterarum schedis Homericis, dedi me ad scribendum " (Praefatio : I, pp. V-VI). Malgré la modestie (et la confiance en soi mitigée) de l'éditeur, un tel retour en arrière était nocif, par ce qu'il proposait à l'homériste, plutôt que de chercher à faire comprendre son auteur en produisant à son propos un savoir philologique aussi assuré et personnel que possible, de faire étalage de son érudition et de son ingéniosité à utiliser la teneur des idées, bonnes, moins bonnes et fantaisistes, de ses prédécesseurs comme autant de matériaux, d'éclats de mosaïque qu'il suffisait d'agencer et de faire se répondre pour obtenir une illustration décente de l'auteur à éditer. Comme édition et comme interprétation, rien d'étonnant au fait que Bothe fût suranné au moment même que de paraître. Sur le plan du texte, bien qu'il ait tenu le plus grand compte des Prolegomena ad Homerum et de l'édition wolfienne de 1804-1807 et qu'il cite et utilise les scholies A pour l'Iliade, notre homme se comporte de tout point comme si Wolf et Villoison n'avaient jamais rien publié : la leçon iliaque, très conservatrice, représente un compromis entre l'ancienne vulgate de Clarke-Ernesti et la vulgate perfectionnée de Heyne, quitte à être modifiée dans les notes quand l'éditeur s'en estimait insatisfait (trop rarement à l'aune des difficultés soulevées par son conservatisme). La leçon de l'Odyssée, régulièrement discutée en note, est encore plus rétrograde car très proche de Clarke-Ernesti. Le texte en haut des pages est donc sans valeur ni mérite particuliers. Le commentaire, très développé mais compact et peu lisible (composition serrée, typographie réduite, notes agglutinées par courtes sections de vers séparées par de simples tirets), varie en fonction de la nature des secours critiques disponibles. Celui de l'Iliade emprunte la forme d'une annotation perpétuelle critique et exégétique, incorporant de façon souvent judicieuse les leçons et notes d'Apollonios le Sophiste, Henri Estienne, Barnes, Clarke, Ernesti, Heyne, Köppen, Wolf et du premier tome de Spitzner, à l'apport documentaire des scholies, d'Eustathe, des grammaires de Thiersch et Matthiae, et à l'expertise personnelle de l'éditeur, spécialiste des Tragiques. Celui de l'Odyssée, diffus et beaucoup moins élaboré, se réduit pratiquement à une pile de citations et d'extraits empruntés, en dehors d'Eustathe, des vieilles éditions et de certaines éditions spéciales divulguant les leçons de tel ou tel manuscrit, aux travaux suivants : Boissonade, édition parisienne de 1824 ; F. G. Eichoff, Études grecques sur Virgile ou Recueil de tous les passages des poètes grecs imités dans les Bucoliques, les Géorgiques et l'Énéide, avec le texte latin et des rapprochemens littéraires, Paris, Delalain, 1825, 3 vol. et XII + 1174 pp. ; Nitzsch, Erklärende Anmerkungen zur Homer's Odyssee, 1826-. Sauf le dernier titre, remarquable pour son érudition, ces ouvrages superficiels n'apportaient pas de lumières bien solides ou nouvelles ; c'est dire si le commentaire odysséen a peu de valeur, en dehors de la philologie de Bothe (quand l'éditeur a ressenti le besoin d'exprimer une opinion...). Son exégèse personnelle est alors généralement pertinente, dans sa modestie, quand il s'agit d'expliquer ou d'éclaircir le texte, malgré l'ignorance à peu près totale de la grammaire alexandrine, et la collection de loci similes poétiques représente une avancée par rapport au dernier effort en la matière, celui de Barnes. Parmi les bonus ajoutés par l'éditeur, encadrés entre les Indices uerborum et nominum propriorum, renouvelés de Clarke-Ernesti, un bon index thématique (IV, pp. 519-529) et des Addenda et Emendanda (IV, pp. 383-408) qui méritent d'être sondés. Au total, l'ensemble, malgré une réelle volonté de bien faire et une information assez large, manque de maturation et se ressent d'une approche passéiste de la philologie.

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