Université Stendhal MSH-alpes : Maison des Sciences de l'Homme CNRS

Le Cycle Epique : survivances

L'Iliade et l'Odyssée n'ont pas été les seules productions épiques de la Grèce Archaïque. D'autres épopées racontaient le début et la fin de la guerre de Troie, les derniers voyages et la mort d'Ulysse, et rapportaient des épisodes mythologiques non développés chez Homère, voire inconnus de lui. Ces poèmes portent le nom collectif de Cycle Epique ; parmi eux, les Kypria (Chants Cypriens), la Petite Iliade, l'Ethiopide, la Destruction de Troie, les Retours, la Télégonie) concernent les héros de la Guerre de Troie.
Ces oeuvres ne nous sont parvenues qu'en très brefs fragments et/ou en résumés. Mais elles ont été connues pendant une partie de l'Antiquité gréco-romaine et ont inspiré bien des auteurs et bien des artistes.
Ainsi en est-il d'un épisode non homérique de la jeunesse d'Achille, épisode destiné à une grande célébrité : la déesse Thétis, voulant éviter à son fils Achille d'être recruté pour la guerre, l'a confié au roi de l'île de Skyros, Lycomède, en le présentant comme une soeur d'Achille : habillé en femme, le jeune homme passe ainsi un certain temps parmi les filles de Lycomède, tombe amoureux de l'une d'elle, Déidamie ; celle-ci met secrètement au monde Néoptolème. Mais la guerre n'est pas loin : Ulysse et Diomède, en effet, parviennent à débusquer Achille, en mêlant des armes aux cadeaux féminins offerts aux princesses. Au moment où Achille les aperçoit, Ulysse fait retentir les accents d'une trompette guerrière, Achille rejette ses vêtements féminins, c'est décidé, il rejoindra l'expédition des Grecs. Cette histoire héroïco-romanesque a inspiré bien des artistes ; on en trouve, par exemple, l'écho sur des sarcophages romains du IIIème siècle après J.-C..


Paris, Louvre MA 3570 © RMN Ojeda

Mais il faut des textes pour comprendre ces images chargées de personnages. Quels textes ? Il est à peu près certain que l'histoire d'Achille à Skyros se trouvait déjà dans le cycle épique, plus spécialement dans les Chants Cypriens... dont nous n'avons pas le texte. Il est tout à fait certain qu'Euripide en a utilisé l'argument pour sa tragédie " Les Skyriens "... dont nous n'avons pas le texte. Mais la légende était trop belle pour disparaître ainsi ; écrivains et artistes en ont conservé le souvenir ; au Ier siècle après J.-C., l'Achilléïde de Stace est utile pour aider à comprendre certaines scènes de monuments figurés.


(fig. 1) Paris, Louvre MA 2120 © RMN Lewandowski

La thématique générale du sarcophage, sur ses quatre côtés, valorise le personnage d'Achille. Bien en place au milieu de la face principale (fig. 1), il domine une composition moins narrative que symbolique ou emblématique, avec les figures royales solennellement symétriques de Lycomède et Agamemnon, entre les chevaux des Dioscures aux deux extrémités. Achille a été enrôlé malgré sa mère parce que, seul, il pouvait être plus fort que le prince troyen Hector ; ce but a été atteint, le long coté postérieur du sarcophage représentait la requête de Priam auprès d'Achille pour racheter le corps de son fils (cf. Les vases antiques in Autour de l'Iliade) ; très endommagé, ce côté n'est pas représenté ici. Les deux petits côtés du sarcophage résument à eux-seuls le thème d'Achille à Skyros en deux tableaux complémentaires.


(fig. 2) - (fig. 3) Paris, Louvre MA 2120 © RMN Lewandowski

Le petit côté gauche (fig. 2) du sarcophage est un tableau de ce que va devoir quitter le jeune prince, enfin dévoilé (ici sans déguisement féminin) : la vie tranquille dans un cadre familier (près de lui les animaux de compagnie, devant lui la vieille nourrice) et surtout la vie amoureuse avec Déïdamie, à gauche ; et déjà, tandis que la musicienne joue encore de son instrument à cordes, la main droite d'Achille a arrêté le chant de sa cithare, et il se retourne vers Déïdamie comme pour un adieu (pour LIMC, Achilleus 98*, Déïdamie est la musicienne de droite) . En effet, au dessus de cette scène paisible, la trompette du Grec Agyrtès donne comme un prélude à la scène représentée sur le petit côté droit (fig. 3).
Achille, armé, est presque prêt à partir ; à gauche, Ulysse (barbe bouclée, pilos), s'éloigne déjà vivement en incitant Achille, d'un geste de la main droite, à le suivre.

Bibliographie

LIMC s.v. Achilleus 98*
F. Baratte, Musée du Louvre, Sarcophages de pierre d'époques romaine et paléochrétienne, Paris RMN 1985
P. Linant de Bellefonds, Sarcophages attiques de la Nécropole de Tyr, Paris, 1985

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