Université Stendhal MSH-alpes : Maison des Sciences de l'Homme CNRS

Cratére protoargien

Cratére protoargien, trouvé à Argos (1952), lacunaire, haut. subs. : 24,5 cm. Milieu du 7éme siécle avant J.- C.

Description


Mus. Arch. C 149 ©
Cliché EFA, Athénes.
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Deux hommes nus de taille inégale, avancent d'un large pas vers la gauche, en soulevant au-dessus de leur tête une longue tige effilée (quelques traces d'un troisiéme personnage sur la droite du fragment).
A gauche, un homme de grande taille, de profil vers la droite à demi étendu sur des blocs pierreux, essaie, avec sa main gauche, de repousser l'arme qui vient de le blesser (peut-être à un hypothétique œil gauche non visible). L'œil droit est bien visible, tout le visage est ensanglanté et des gouttes de sang tombent sur son cou.

Identification et texte de référence

L'agression d'un géant par un groupe d'hommes qui l'aveuglent avec une arme longue et effilée ne peut manquer de rappeler l'aveuglement du Cyclope Polyphéme, raconté par Ulysse lui-même au chant IX de l'Odyssée; cet épisode entre dans la vaste série de " contes d'ogre " du folklore européen, analysée par G. Germain (p.77).
Les représentations figurées présentent parfois des détails qui révélent des sources non homériques.

Éléments de commentaire

Le cadre : une sauvagerie stylisée
Le Cyclope ne vit pas dans un espace organisé comme celui des hommes civilisés; un amas de gros galets lui sert de couche; mais ils sont disposés méthodiquement et forment un motif décoratif bichrome en écailles; aucun autre élément ne suggére une grotte ou une caverne, sauf peut-être le panneau rectangulaire en croisillons compacts, qui ferme l'espace à gauche.

Polyphéme : une monstruosité discréte
Polyphéme ne différe des Grecs qui l'assaillent que par sa grande taille et par la forme de l'œil droit plus arrondi; mais coiffures bouclées avec bandeau, barbes soigneusement taillées sont - les dimensions mises à part- identiques pour les trois personnages. Si l'instrument de l'aveuglement était métallique, donc une broche trouvée dans la caverne, selon l'hypothése de Courbin, cela pourrait signifier que le géant ne se contentait pas toujours d'un repas cannibale froid, mais pouvait à l'occasion participer d'un niveau plus élevé de civilisation, celui du " manger cuit ".

La narration
La violence du geste est suggérée par la longueur de l'instrument, les enjambées dynamiques des Grecs, la souffrance du géant (la langue sort de la bouche, le sang gicle sur le visage et le cou).

Le dessin
Traité en silhouette vide, le corps se caractérise par le torse triangulaire, la taille fine, les membres élancés, les doigts squelettiques, l'aspect anguleux des visages, l'importance donnée à l'articulation du genou.

Bibliographie

P.Courbin, BCH, 79, 1955, 1-49.
G.Germain, Genése de l'Odyssée, 1954.
Touchefeu, Thémes, n°2, pl.1,2.
LIMC, s.v. Odysseus 88, Polyphemos 15.
Snodgrass, Homer, p.91, fig.36.

Nouveauté

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