Université Stendhal MSH-alpes : Maison des Sciences de l'Homme CNRS

Lécythe attique

Lécythe à figures noires. Attribué à l'atelier du Peintre d'Haimon. 490-480 av. J.-C.


Paris, Louvre, CA 1818 © RMN H. Lewandowski.

Description

Sans indication topographique autre que le rameau conventionnel qui se déploie en arriére-plan, et qui signifie tout au plus, en principe, qu'il s'agit d'une scéne d'extérieur, trois béliers s'avancent, de profil vers la droite, en se suivant de trés prés ; chaque animal supporte, attaché contre son ventre par deux liens (peu visibles sur les clichés), un homme (nu, barbu) qui, en outre, se retient par le bras gauche à l'encolure du bélier ; l'homme du milieu a une épée au fourreau.

Identification

La légende est trop connue pour que l'on ne reconnaisse pas aussitôt l'une des aventures d'Ulysse, l'évasion hors de la caverne du Cyclope Polyphéme.

Éléments de commentaire

1) En présentant un par un, en file, ces béliers aux belles cornes, les peintres retrouvent un théme décoratif inscrit de longue date dans la tradition esthétique grecque, celui de la " frise d'animaux passant ".

2) En représentant les animaux un par un et non assemblés par trois comme le décrit Homére, les peintres évitent la difficulté technique d'une disposition complexe, plus littéraire que picturale, et inventée sans doute par Homére comme indice supplémentaire de l'esprit inventif d'Ulysse.

3) L'homme sous le bélier : les représentations de cette évasion se comptent par dizaines, surtout en Gréce archaïque, avec ou sans la présence de Polyphéme ; plusieurs variantes laissent supposer des sources non homériques. Mais la disposition du corps humain sous le bélier est, à de trés rares exceptions prés, toujours la même ; l'indication des liens qui maintiennent l'homme contre l'animal manque rarement, même lorsque le fugitif est Ulysse.

4) Sur notre document, Ulysse ne pourrait être identifié que par la présence de l'épée ; il serait alors attaché par des liens comme ses compagnons. Tout se passe comme si et les peintres et Homére - dont la description, dans le détail, reste assez floue - avaient puisé, à des dates différentes, certes, dans un fonds commun de l'imaginaire collectif. Cela expliquerait l'imprécision et le flou du texte d'Homére. En IX, 429, Ulysse dit seulement que, dans chaque trio de béliers, seul celui du milieu portait un Grec ; plus loin, il ironise sur la sottise de Polyphéme qui ne se rendait pas compte de ce qui était attaché sous le poitrail de ses bêtes ; Ulysse, quant à lui, s'est agrippé à la toison laineuse mais par la suite, il emploie le même verbe pour dire qu'il se détache lui-même et qu'il détache ensuite ses compagnons (IX, 463).

Bibliographie

ABV, p.551 n° 332.
Touchefeu, 1968, n°122 (sans illustration).
Pour des schémas semblables : Touchefeu, 1968, n° 118, pl. XI, 4-5-6; Buitron, n° 16 (illustration).

Nouveauté

Vous pouvez visiter le journal d'actualités : http://homerica.msh-alpes/wordpress

Site hébergé par http://www.msh-alpes.fr - @homerica - Evolution du site par l'Association Champollion (2011) - Affichage adapté sous Firefox 4