Université Stendhal MSH-alpes : Maison des Sciences de l'Homme CNRS

Les Tableaux tirés de l'Iliade - LIVRE XI

I - TABLEAU : Jupiter envoie la Discorde souffler son venin sur le camp des Grecs.

Je prendrais la licence de faire planer cette divinité sur leur camp, facile à distinguer par les bords de la mer et par les vaisseaux tirés à terre ; manœuvre qui se répète encore aujourd'hui pour les felouques à la côte d'Italie, principalement de Naples et de Sicile, et qui était en usage dans ces temps reculés, comme on le verra dans l'Odyssée, Liv. II. Tabl. V. Homère fait descendre la Discorde sur un vaisseau, d'où elle parle à toute l'armée. Le peintre non seulement rendrait mal cet instant, mais il ne pourrait même en donner une idée, la peinture et la poésie n'arrivant pas toujours à l'expression par les mêmes voies. Pour rendre cette description telle qu'elle est donnée, une figure de femme, dont on ne peut augmenter la grandeur, serait absorbée par le seul espace, indépendamment du volume d'une flotte et de l'armée à laquelle elle parle. Au reste, la discorde pâle et livide, les yeux grands et cernés, a des serpents pour attributs ; elle en tient à la main ; elle en est ceinte. Il ne s'agit ici que de ce dernier fait ; les autres caractères ne sont rapportés que pour les occasions où cette déesse infernale sera représentée sur le devant d'une composition.


II - TABLEAU : Les fils d'Antimaque demandent la vie à Agamemnon.

Ils ont abandonné les rênes de leurs chevaux ; ils sont à genoux ; l'effroi et la pâleur sont peints sur leurs visages. On doit juger par la façon fière et terrible dont ce roi fait pousser son char contre eux, qu'il ne leur fera point de quartier ; il paraît en effet au moment d'en percer un avec sa pique.


III - TABLEAU : Jupiter encore placé dans l'éloignement, avec la seule différence d'être ici représenté sur le mont Ida

Fait sentir autant qu'il est possible, dans une pareille distance, qu'Iris est envoyée par ce dieu, c'est à dire, qu'il la regarde et qu'il a le bras étendu de son côté. Cette messagère des dieux avec des ailes d'or, donne des conseils à Hector ; elle est toujours en l'air et montre de la main celui qui l'envoie. Hector l'écoute dans son char arrêté à quelque distance des murailles de la ville, qui fournissent un beau fond, au moins pour une partie du tableau. Le mont Ida ou les autres lointains, à la volonté de l'artiste, ne sont nullement embarrassants.


IV - TABLEAU : Pâris derrière la colonne du tombeau d'Ilus, tire une flèche sur Diomède,

Et lui perce le pied dans le temps que ce dernier prend le bouclier d'Agastrophus qu'il a tué. Malgré la variété des blessures qu'Homère a soin de rapporté, et le détail dans lequel il entre presque toujours, il ne dit point qu'elle partie du pied fut blessée ; l'artiste prendra donc celle qui conviendra le mieux à la composition : mais il doit se souvenir que la flèche tient en quelque façon le pied arrêté et cloué à la terre ; par conséquent elle entre par le dessus du pied. Ulysse accourt pour secourir Diomède. Je suis bien aise que le peintre ait une occasion de conserver l'usage des anciens sur la dépouille des armes; ils sacrifient leur vie pour enlever celles de leurs ennemis, ou conserver celles qui leur appartiennent ; leur honneur s'y trouve réciproquement attaché. Au reste, je ferais prendre à Diomède le bouclier préférablement à toutes les autres armes ; sa forme est plus marquée, plus heureuse, et détermine peut-être plus l'action : Homère lui fait prendre aussi le casque. L'artiste est le maître de choisir, ou de lui faire tenir l'un, et ramasser l'autre tandis qu'il a lui-même toutes ses armes.


V - TABLEAU : Nestor a conduit Machaon blessé dans une tente

Hécamède leur présente des rafraîchissements. Ils ont à leurs côtés une table de bois précieux, montée sur un pied dont la couleur est bleue céleste ; on voit sur cette table quelques plats et la coupe de Nestor, dont Homère fait la description suivante. Mais je dois dire auparavant que Patrocle arrive dans la tente lorsqu'ils sont dans cette situation. "Cette coupe était d'une rare beauté, et ornée de clous d'or ; elle avait quatre anses soutenues chacune de deux colombes d'or ; il n'y avait point d'hommes qui pût la soutenir quand elle était pleine, mais Nestor la soutenait facilement." Cette description est nécessaire pour la peinture de la coupe, mais elle est utile pour donner aux artistes une idée de la belle vieillesse de Nestor pour les représentations qu'ils seront obligés d'en faire.


VI - TABLEAU : Eurypile est couché sur des peaux de bœuf ; Patrocle coupe le trait qui lui perce la cuisse

Des esclaves tiennent à ses côtés un vase, une jatte, des plats et des linges pour panser la blessure : la scène se passe dans une tente. Je ne dois pas finir ce livre sans ajouter qu'il est rempli de combats, si bien et si vivement décrits, qu'il n'y en a aucun qui ne pût fournir un tableau ; ils sont même suffisamment variés par le récit, mais ils ne le sont point assez pour la peinture

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