Université Stendhal MSH-alpes : Maison des Sciences de l'Homme CNRS

Les Tableaux tirés de l'Iliade - LIVRE XIV

I - TABLEAU : Jupiter méditant sur le mont Ida, est aperçu par Junon assise sur un trône d'or.

On peut, je crois, pour rendre la composition plus riche, prendre la licence de placer plusieurs autres dieux et déesses aux côtés de Junon, également sur des trônes d'or. Homère, il est vrai, ne le dit point, peut-être pour éviter une répétition, dans le fond assez inutile, et que je n'ai proposé que pour meubler un tableau qui ferait un peu nu sans un tel secours.


II - TABLEAU : Junon seule dans son appartement que Vulcain a travaillé pour elle.

Cette circonstance apprend assez à l'artiste qu'il peut employer toute la magnificence des métaux dans cette décoration. La déesse est environnée de tout ce que les femmes peuvent rechercher pour être plus en état de plaire : les parfums, les boites aux essences, les vases, etc. doivent être placés autour d'elle. L'artiste aura soin de ne pas s'écarter, dans leur représentation, des formes antiques et simples. Junon sera donc à sa toilette, formant, au dire d'Homère, cent boucles de ses beaux cheveux ; les pendants de ses oreilles ont trois pendeloques : la robe que Minerve lui a brodée est auprès d'elle ; elle est remplie de figures agréables ; on la doit orner d'agrafes d'or ; et il est nécessaire aussi de faire grouper, avec toutes les richesses agréables de ce tableau, le voile très fin que la déesse doit mettre sur sa tête.


III - TABLEAU : Junon parle à Vénus avec amitié pour la séduire.

Elle la conduit à l'écart et éloignée des autres dieux, qui doivent être par conséquent représentés sur un plan éloigné : Vénus lui donne sa ceinture ; c'est un tissu diversifié, apparemment par ses couleurs. Si une telle diversité tombait sur la variété du tissu, elle serait indifférente dans cet ouvrage. C'est à l'occasion de cette ceinture que la peinture est bien inférieure à la poésie ; mais on ne peut changer l'essence des récits et des points donnés.


IV - TABLEAU : Junon aborde le Sommeil.

On la voit entrer dans l'antre où ce dieu fait son séjour, et dans lequel il paraît couché sur un lit de mousse. L'artiste peut donner l'essor à son imagination, pour exprimer les environs de cette demeure, et rappeler les objets de convenance et de vérité tout ce qui peut procurer aux hommes le repos si nécessaire et si consolant, qu'il n'est pas étonnant que les anciens en aient fait une divinité. On est d'autant moins contraint dans cette peinture, qu'Homère n'est entré dans aucun détail : on pourrait remarquer à ce sujet que ce grand homme a souvent eu l'adresse de négliger les petites descriptions. Cet artifice ne peut avoir d'autre principe que la grandeur et la justesse du génie, qui n'aiment point à interrompre l'action. Le poète est en ce cas semblable au peintre ; il évite de représenter dans une grande composition un petit tableau terminé, pour ne détourner ni œil ni l'esprit de l'objet qu'il représente. Pour revenir au tableau dont il s'agit : je ferais la caverne peu profonde dans le dessein de laisser distinguer la figure dominante et les songes différents, formés par des vapeurs légères dont le dieu doit être environné. Cet antre serait placé dans un paysage tranquille, mais austère, l'image d'une nature heureuse, fraîche et arrosée par un ruisseau qui formerait une ou plusieurs cascades, pour appeler le bruit des eaux, ce grand ami du sommeil et de ses avant coureurs, le calme et la rêverie. On pourrait répandre autour de cette caverne, et jeter sur les différents plans du terrain, quelques pieds de pavot, dont la fleur et la feuille sont également riches dans la peinture. Les attributs absolument physiques, tel que celui-ci, ne perdent jamais leurs droits : c'est à dire, qu'ils sont toujours amis de l'esprit ; ils existent avec la nature. La même raison m'engagerait à donner au Sommeil des ailes de chauve-souris ; leur forme piquante pour le dessin, porte un caractère distinctif qui ne laisse aucun doute, et qui détermine dans l'instant la divinité que l'on veut peindre. Enfin, je crois que ce même Sommeil, cet objet si utile et si chéri, ne peut être représenté que beau, tranquille, reposé, et dans un âge fait et formé. La richesse et la magnificence du char de Junon, arrêté devant la caverne du Sommeil, produirait un contraste heureux dans un site pareil à celui que je propose.


V - Tableau : Le Sommeil et Junon sont partis ensemble dans le char de la déesse.

On le voit arrêté dans la forêt du mont Ida, tandis que Junon monte du côté de Jupiter, qu'on doit apercevoir sur un plan plus élevé : le Sommeil se cache derrière les arbres.


VI - TABLEAU : Junon arrivée à la cime du mont Ida : Jupiter enflammé d'amour lui tend les bras.

Le Sommeil en forme d'oiseau noir est perché sur un sapin peu éloigné du dieu qu'il regarde, sans en être aperçu.


VII - TABLEAU : Jupiter est endormi : la tête de la déesse est nonchalamment penchée sur son sein.

Elle ne dort point ; on doit au contraire remarquer en elle toute la satisfaction d'une femme contente de ses charmes et de son adresse. Cette composition fine et délicate, demande toutes les expressions de trait et de pinceau dont la peinture est capable. Cependant, si ce tableau paraissait trop difficile à rendre, comme il l'est en effet, on pourrait le supprimer, celui qui le précède suffisant pour l'action du poème.

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