Université Stendhal MSH-alpes : Maison des Sciences de l'Homme CNRS

Les Tableaux tirés de l'Iliade - LIVRE XVIII


I -TABLEAU : Achille dans sa tente, donnant toutes les marques d'une douleur qui demande à être traitée plus noblement qu'elle n'est indiquée dans Homère.
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La liberté du récit et les usages de ces premiers temps, pourraient ne pas convenir aujourd'hui ; d'ailleurs, les détails du poète ne sont point avantageux pour la peinture. Mais ce héros affligé au milieu de ses captives, qui partagent sa douleur et dont le nombre n'est pas limité, rendront la composition suffisamment riche et toujours intéressante par rapport à la suite.


II - TABLEAU : Thétis dans les abîmes de la mer.

qu'il n'est pas possible de représenter que par des grottes éclairées d'un jour doux, c'est à dire égal, en évitant de donner la moindre idée du soleil, par ces coups de lumière qui réveillent la nature d'une façon si brillante. Thétis donc assise auprès du vieux Nérée, paraît très affligée : on peut faire paraître autour d'elle un aussi grand nombre de Néréides qu'on le trouvera nécessaire ; Homère en nomme trente trois, et finit par un nombre indéterminé. Ces Nymphes attirées par les cris de Thétis, accourent avec tous les mouvements de curiosité ou d'intérêt : leur empressement varié selon le degré de leur âge, doit fournir un contraste avantageux.


III - TABLEAU : Thétis sort de la mer auprès des vaisseaux des Grecs.

Je me contenterais de faire sentir le lieu de la scène, et je répandrais l'effet du tableau sur la coquille de la déesse et sur les Nymphes de sa suite, dont une partie est déterminée à l'attendre dans son élément, tandis que la déesse serait suivie de plusieurs autres. Aucune de ces Nymphes ne doit être confondue, ainsi qu'elles le sont ordinairement, avec les Sirènes ; c'est à dire qu'elles ne doivent point avoir le corps terminé en poisson. Toutes les Nymphes qui suivent la déesse, sont arrivées montées sur des poissons ; celles qui sont autour de la coquille, ont gardé leur monture et paraissent vêtues. Pour autoriser les habillements qu'on ne peut se dispenser de donner à celles de la suite de Thétis, elles seront couvertes de gaze, ou de ces belles draperies mouillées qui laissent voir la justesse des proportions, et que les anciens préféraient avec tant de raison aux draperies que nos modernes emploient souvent avec une ridicule profusion.


IV - TABLEAU : Thétis fait des amitiés à son fils ; elle lui témoigne l'intérêt qu'elle prend à son malheur.

Autant qu'il est possible à la peinture de faire sentir ces nuances délicates ; le tableau est enrichi par les groupes de beautés qui ont suivi la déesse : la scène se passe dans la tente d'Achille, et par conséquent elle est resserrée ; et l'artiste peut à son gré relever ou fermer les étoffes de cette tente. Nous ignorons la forme de ces pavillons ; l'artiste n'est donc assujetti à aucune ; et tout ce que son goût ou sa commodité lui présenteront, sera convenable.


V - TABLEAU : On voit Thétis prendre, sur un nuage, le chemin de l'Olympe.

Tandis que la mer est couverte de son nombreux cortège ; ce cortège s'éloigne du rivage et conduit la voiture de la déesse à vide. Pour indiquer que ces Nymphes doivent se plonger dans la mer, et qu'elles vont retrouver leurs habitations, on peut voir les poissons, les tritons, etc. les plus éloignés du premier plan, commencer à s'engoncer, ou plutôt à descendre sous une voûte d'eau pareille à celles du V.TAB., LIV. XV.


VI - TABLEAU : Iris vient trouver Achille dans sa tente.

Ce héros est dans l'abattement de sa douleur. Il faut le représenter assis, car la déesse légère lui dit, levez-vous. Je placerais Junon dans les airs sur un nuage éloigné, seulement pour faire sentir qu'Iris est envoyée de sa part. Du reste la tente sera ouverte plus ou moins, selon la volonté de l'artiste.


VII - TABLEAU : Achille marche sans armes avec la fierté et la noblesse de son caractère.

Pallas est à ses côtés ; elle le couvre de son égide ; sa belle tête est rayonnante de la lumière que la déesse a bien voulu lui communiquer. On voit Iris prendre son vol vers l'Olympe. Le camp, la flotte et la mer, sont des objets dont le peintre peut profiter à son gré, selon l'étendue qu'il voudra donner au tableau.


VIII - TABLEAU : Achille rencontre Patrocle porté par ses amis éplorés.

La douleur du héros doit être le plus grand objet de l'artiste. Le poète dit que Patrocle était porté sur un lit, pour suivre les usages de ce temps ; ces lits, comme on l'a vu plusieurs fois dans ce poème, et comme on le voit dans l'Odyssée, n'étaient pas fort délicats. Je ferais porter ce corps sur quatre piques, dont deux en travers ; elles seraient couvertes, selon le choix du peintre, d'une peau de tigre, de lion, etc.


IX - TABLEAU : Le corps de Patrocle paré et gardé.

Les vases, les parfums et les baumes qui ont servi à nettoyer et à laver le corps, seraient encore dans un des coins de la composition ; le corps serait couvert d'un voile d'une éclatante blancheur, mais artistement arrangé ; de façon cependant qu'il laisserait voir les piques où l'espèce de lit représenté dans le tableau précédent, posé simplement à terre ; des guerriers armés, plongés dans la douleur, seraient assis autour de cette représentation, d'autant plus militaire, que la scène est dans une tente : c'est ainsi que je vois la composition de ce sujet.


X - TABLEAU : Thétis arrive dans le palais de Vulcain.

Cet édifice de cuivre est parsemé d'étoiles : on aperçoit ce dieu noir et enfumé au milieu de ses fourneaux ; il est environné de trépieds posés sur des roulettes. Vulcain est si occupé qu'il ne voit point Thétis : sa femme, la belle Charis, couverte d'un voile éclatant qui relève sa beauté, sort par une porte de l'intérieur de ce palais ; elle accueille Thétis, et lui présente l'appartement d'où elle vient de sortir.


XI - TABLEAU : Thétis dans un appartement plus magnifique encore, placée sur un trône d'or avec un petit marchepied. Charis lui présente des rafraîchissements.

Ce tableau, quoique simple d'action, peut être agréable par la richesse du local et la beauté différente de ces deux déesses. La toilette de Vulcain et le dérangement des ses soufflets, possibles à peindre, ne me paraît pas assez intéressant pour s'en occuper ; ainsi content d'indiquer ces actions comme possibles en peinture, je les passe sous silence, d'autant plus volontiers, que le tableau suivant fait voir Vulcain différemment vêtu ; ce qu'il n'a pu faire sans supposer les actions précédentes, et que je crois qu'on peut se dispenser de rapporter.


XII - TABLEAU : Vulcain couvert d'une robe magnifique, un sceptre d'or à la main, soutenu par les deux belles esclaves d'or qu'il avait autrefois forgées, arrive devant Thétis.

Si l'on n'était point accoutumé à la figure de Vulcain, je craindrais que cette parure ne fut ridicule. Je trouve dans le tableau d'Homère une raillerie fine des hommes qui veulent toujours faire parade de leurs ouvrages ; les esclaves d'or me rappellent cette idée.


XIII - TABLEAU : En conséquence des prières de la déesse, on voit Vulcain dans sa même forge ;

Elle paraît plus enflammée qu'elle ne l'était dans le XI. Tableau de ce même livre. Le dieu a repris son premier ajustement, et il a déjà fait le casque et la cuirasse ; ils sont à ses côtés ; il travaille à ce fameux bouclier qui donne seul une si grande idée de la connaissance et de la pratique des arts chez les anciens. Je ne pourrais rien ajouter à la sagacité avec laquelle M. Boivin a prouvé la possibilité de représenter un si grand nombre de sujets dans l'espace d'un bouclier ; je renvoie donc à la dissertation ; la vue du dessin dont elle est accompagnée, serait suffisante à tous les artistes pour leur faire sentir la réalité de cette idée ; mais tout le monde n'ayant pas cette dissertation à sa disposition, je vais continuer ma carrière à cet égard dans le goût des autres épisodes que j'ai cru devoir rapporter.


XIV - TABLEAU : Le bouclier.

Suivant le projet de la suite dont il est question, je peindrais ce bouclier de sa grandeur naturelle, c'est à dire, d'environ quatre pieds de diamètre, et tel qu'Homère le suppose, c'est à dire, de bas relief, et damasquiné avec la seule couleur des métaux dont ce bel ouvrage est décoré, avec un bord à trois rangs d'or, accompagné d'une courroie d'argent flexible, et l'océan faisant tout le tour de ce bel ouvrage.


XV - TABLEAU : La terre, le ciel, la mer, le soleil et la lune, les astres et les constellations.

Si l'on exécutait ce tableau, que je crois peu nécessaire, il faudrait consulter un astronome pour la position des astres. L'avantages des grandes villes est de présenter des secours pour tout ce que l'on veut savoir. Un fausse honte, une sotte vanité ne doivent jamais empêcher l'aveu de son doute et de son ignorance.


XVI - TABLEAU : Dans une des deux villes on voit des noces et des festins :

De nouvelles mariées sortant de leurs maisons, sont conduites dans les rues avec un bel ordre à la clarté des flambeaux : des troupes de jeunes gens précèdent et suivent cette pompe en dansant au son des trompettes et des flûtes : les femmes de la ville attirées par la curiosité sont à leur porte et admirent cette marche. Je crois que le lieu de cette scène ne peut être établi que dans une place publique, qui met seul en état de remplir tous les points donnés.


XVII - TABLEAU : Une assemblée du peuple que des hérauts font ranger.

Deux citoyens qui plaident. Les vieillards qui doivent juger sont assis dans un cercle sur des pierres polies et bien travaillées ; d'autres hérauts à leurs côtes et debout, tiennent leurs sceptres ; on voit deux lingots d'or à leur pied. Cette scène se passe encore dans une place qui peut être formée et ornée par des bâtiments arbitraires, mais riches. Il faut se souvenir que les Grecs n'étaient somptueux que pour les bâtiments publics et que les maisons particulières étaient fort simples.


XVIII - TABLEAU : Deux troupes de guerre, l'une menace une ville du fer et du feu ; l'autre la protège.

On voit les femmes et les vieillards sur les murailles pour la défendre. Mars et Pallas sont à la tête des deux armées. Ces objets sont grands ; ils ont été sans doute fort réduits sur le bouclier ; mais dans la suite que je propose, ce sujet sera des plus étendus en largeur.


XIX - TABLEAU : Une de ces troupes embusquée sur le bord d'un fleuve.

On voit des sentinelles en avant ; des troupeaux de bœufs et de moutons viennent pour boire à ce fleuve ; deux bergers les conduisent avec la plus grande sécurité ; ils jouent de leurs chalumeaux.


XX - TABLEAU : Les soldats tuent les bergers, dévastent les troupeaux.

Le premier plan de ce tableau aura suffisamment d'action. Les troupes ennemies accourent pour secourir ces bergers. Je crois que les anciens, surtout ceux de ce temps là, ne marchaient point serrés comme les légions romaines ont fait depuis ; ainsi on peut faire accourir ces troupes par pelotons et sans beaucoup d'ordre, ce qui produira un avantage pour le lointain de ce tableau.


XXI - TABLEAU : Combat très vif ;

Des hommes renversés, et au milieu des troupeaux égorgés et mis en fuite : la Discorde traîne un homme par les pieds.


XXII - TABLEAU : Plusieurs laboureurs travaillent un champ.

Un homme leur donne une grande coupe de vin au bout de chaque sillon. Ce sujet nous apprend combien l'agriculture était alors recommandable, et le cas que l'on faisait des laboureurs.


XXIII - TABLEAU : Des moissonneurs coupent les blés avec leur faucille.

Des hommes servis par de jeunes gens qui leur portent des brassées, font les gerbes : le maître de la terre est assis au milieu du champ, le sceptre à la main : on voit à quelques pas de là, à l'ombre d'un chêne, des viandes à la broche et des vivres préparés par des femmes et des hérauts pour le dîner des moissonneurs. Ce tableau champêtre a toutes les oppositions que l'on peut désirer.


XXIV - TABLEAU : Une vigne chargée de raisins.

De jeunes filles et de jeunes garçons portent la vendange dans des paniers d'osier ;on voit au milieu d'eux un jeune homme qui joue de la flûte, et toute cette jeunesse saute et folâtre. Le costume, par rapport aux tuniques, aux corps à moitié vêtus, ainsi qu'aux coiffures, est d'une grande conséquence pour le mérite et l'agrément de ce sujet.


XXV - TABLEAU : Un troupeau de bœufs sort de l'étable.

Les bœufs qui marchent à la tête font voir que le troupeau va paître sur le bord d'un fleuve ombragé et garni de roseaux ; quatre bergers suivent ce troupeau ; ils sont accompagnés de neuf gros chiens.


XXVI - TABLEAU : Des lions mangent un taureau.

Les bergers ne peuvent leur faire abandonner la proie ; leurs chiens aboient, reculent et n'osent en approcher.


XXVII - TABLEAU : Une vallée agréable

Présente un pâturage rempli d'un nombreux troupeau de moutons ; on y voit des bergers, des parcs, des cabanes.


XXVIII - TABLEAU : Une danse de jeunes gens des deux sexes qui se tiennent par la main.

Les filles sont habillées d'étoffes très fines, telles que les anciens aimaient à les employer, et qui désignent si élégamment les dessous qu'elles recouvrent ; elles ont sur leur tête des couronnes d'or. Les jeunes hommes vêtus de couleurs très brillantes, ont des épées suspendues par des baudriers d'argent. Une foule de peuple regarde cette danse au milieu de laquelle il y a deux sauteurs très dispos, qui chantent et qui font des sauts merveilleux. Ces hommes qui dansent avec leurs épées, nous indiquent que les Grecs ne portaient pas leurs armes aussi bas que nous, et qu'ils les portaient plus haut peut-être que les Romains, et que ces épées avaient la pointe en bas, c'est à dire, que la lame suivait le corps. On peut exagérer les arts, mais on ne peut décrire leurs productions qu'autant que la pratique en est connue, c'est à dire, qu'on ne les imagine point. Homère nous donne par la description de ce bouclier, non seulement l'idée d'une connaissance très étendue, mais encore celle du dessin, de la ciselure et de l'intelligence du bas-relief. Sans entrer dans le détail de la réduction de ce même dessin, et de la composition bien démontrée par les faits, l'accord de ces métaux prouve encore une connaissance de la peinture que plusieurs personnes ne veulent point accorder au anciens du temps d'Homère. Ce grand homme avait trop voyagé en Egypte pour en ignorer au moins une certaine pratique, et l'on n'est point aussi rempli de ses effets généraux et de ses dépendances, qu'on ne la connaisse elle-même. Cet ouvrage n'ayant pour but que la peinture, je crois cette digression pardonnable ; il est aussi naturel de chercher à lui rendre son antiquité que d'aimer à démontrer son avantage.

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