Université Stendhal MSH-alpes : Maison des Sciences de l'Homme CNRS

Les Tableaux tirés de l'Iliade - LIVRE II

I - TABLEAU : Jupiter envoie un songe à Agamemnon.

La façon de traiter ces sortes de sujets est arbitraire et peu importante. En général le songe doit être une figure légère et participante de l'air, mais elle ne peut être éclairée dans cette occasion, ainsi que le lieu de la scène par un autre moyen que celui d'une lampe ; ce genre de lumière apportera sans doute une grande variété dans la suite de ces tableaux, mais diminuera l'effet de la couleur vague que peut exiger la représentation d'un songe. Il faut toujours tenir la figure d'une proportion un peu plus allongée que la nature, pour regagner par le trait ce qu'on perd par la couleur ; et pour le mieux, il faut que l'artiste soit affecté de l'objet qu'il représente. J'ai toujours vu l'expression de l'art obéir à l'impression de l'esprit.


II - TABLEAU : Agamemnon à son réveil.

L'objet de ces recherches regarde la peinture ; en conséquence il est bon de savoir qu'on doit exécuter l'habillement que prend Agamemnon à son réveil, et que pour suivre le costume, ce prince assis sur son lit, a pris une tunique très fine, a mis son grand manteau royal, et couvert ses pieds de brodequins, sans oublier son baudrier d'où pend une riche épée, et le sceptre de ses aïeux. Cependant, l'attitude d'un homme qui s'habille sur son lit n'étant pas noble, on pourrait représenter ce roi debout dans ce même équipage, levé ou se levant ; cette action suppose aisément celles dont elle a été précédée.


III - TABLEAU : Minerve vient parler à Ulysse dans son vaisseau.

Je ne balancerai pas à représenter ce prince assis aux côtés de la déesse, et s'entretenant avec elle. La familiarité des dieux avec les hommes, établie par Homère, autorise cette attitude. Le peintre peut à son choix placer ces deux personnages en dedans du vaisseau, ou sur le pont : je préfèrerais ce dernier, non seulement pour faire mieux sentir le lieu où la scène se passe, mais pour représenter un fonds plus heureux, enrichi des mats et des voiles ferrées, et des variétés que fournit l'assemblage de plusieurs vaisseaux. De plus, la scène étant à découvert, comme je la propose, on peut représenter Junon dans le ciel, attentive à l'exécution des ordres qu'elle a donnés. Les efforts d'Ulysse, pour empêcher le départ des Grecs, sont décrits admirablement par Homère, et ne peuvent être mieux exprimés ; mais ils sont impossible à peindre. L'objet du plus grand nombre est trop vague en comparaison d'un homme seul ; quelques autres sujets seraient ridicules et déplacés en peinture. On me dira peut-être que cet art éprouve souvent la même impossibilité dans les mouvements et les détails des combats ; je répondrai que l'action de ceux-ci est connue, et qu'on a de plus la ressource d'un groupe dominant.


IV - TABLEAU : Les généraux de l'armée des Grecs offrent un sacrifice dans le port d'Aulide.

Le sujet suivant n'est qu'un récit dans Homère ; mais il précède l'action de l'Iliade, ou pour mieux dire le siège de Troie, et il en fait partie. Les généraux de l'armée des Grecs offrent dans le port d'Aulide un sacrifice sur un autel à l'ombre d'un plane, du pied duquel sort une fontaine ; un dragon, ou grand serpent caché sous l'autel s'élance autour d'un plane, et dévore les huit passereaux dans leur nid, et la mère qui veut les défendre. Le fond du tableau, le lieu de la scène et l'action sont donnés au peintre ; l'étonnement, la surprise et l'attention des spectateurs, sont les sentiments qui règnent dans cette composition : on ne doit pas oublier d'y donner une place distinguée à Calchas ; il est naturel de l'animer de l'enthousiasme et de l'esprit prophétique. Mais pour faire sentir que le serpent est sorti de dessous l'autel, sa queue, ce me semble, doit être encore cachée par l'autel même.


V - TABLEAU : Intérieur de la ville de Troie.

Ce tableau présente l'intérieur de la ville de Troie, c'est à dire, une place publique, sur laquelle le palais de Priam domine. Ce roi pourrait être environné du peuple et des officiers distingués par la richesse de leurs armes : tous ces groupes doivent écouter avec attention un jeune homme qui leur parle avec un air d'épouvante ; et pour faire sentir, ou plutôt rappeler à l'esprit du spectateur, que le jeune homme est Iris, la messagère des dieux qui a pris cette figure, je ne connais point d'autre moyen dans la peinture, que de représenter cette divinité enveloppée d'une vapeur qui fait sentir que sa divinité est invisible à tous les acteurs de cette scène : ce nuage ou cette vapeur serait à côté du jeune homme. On pourrait encore placer l'arc-en-ciel au-dessus de la figure ; on la connaît pour la voiture ou l'attribut de la divinité dont il est question.

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