Université Stendhal MSH-alpes : Maison des Sciences de l'Homme CNRS

Les Tableaux tirés de l'Iliade - LIVRE XXI

I - TABLEAU : Les Troyens précipités dans le Xante .

Le désordre des chars, de l'infanterie qui se noie ; Achille, dont la pique est plantée sur le bord du fleuve, suivant les Troyens à la nage, tuant, estramaçonnant, etc. Ce tableau sera d'autant plus d'heureux pour un peintre frappé du mouvement, que les objets n'ont aucun sentiment partagé, que les Troyens sont épouvantés sans exception, et qu'Achille est seul brave. Homère décrit ce héros l'épée à la main dans l'eau ; cette attitude laisse à désirer ; elle cache plusieurs mouvements de la figure. Ne serait-il pas plus heureux de représenter ce héros dans le moment qu'il se précipite dans le fleuve pour suivre les Troyens, après avoir planté sa pique sur le rivage ?


II - TABLEAU : Achille a pris douze jeunes Troyens pour les sacrifier sur le tombeau de Patrocle .

On les voit sur les bords du fleuve, demi morts de frayeur, les mains liées derrière le dos, et remis par Achille entre les mains de quelques soldats pour les conduire.


III - TABLEAU : Le Scamandre sous la figure d'un homme, parle à Achille.

La colère du fleuve est autorisée par les objets de carnage dont Achille est environné pour la satisfaction de sa vengeance.


IV - TABLEAU : Le Scamandre enfle ses eaux ; le gonflement des ses vagues indique qu'Achille est l'objet de leur poursuite.

Ce héros doit paraître résister avec peine à ce dernier. D'ailleurs, pour la richesse de ces derniers tableaux, il ne faut point oublier que le fleuve est rempli de Troyens ou morts ou mourants, de chars brisés et de chevaux noyés ; le tout à la volonté de l'artiste.


V - TABLEAU : Achille est à l'abri dans l'irruption des eaux.

C'est à dire, qu'il est sur un très petit espace de terre ; Neptune et Pallas viennent à lui, le consolent et lui donnent des témoignages d'amitié et d'intérêt, comme de lui prendre la main ; l'autre touche son c¦ur pour lui donner sa parole, etc.


VI - TABLEAU : Le Scamandre irrité appelle son frère le Simoïs.

Les deux fleuves personnifiés enrichissent la composition, et autorisent la fureur des vagues, qui redoublent leurs efforts contre Achille. La campagne est couverte d'eau, de débris et de tous les objets d'horreur.


VII - TABLEAU : Vulcain animé par Junon, oppose son secours aux dangers de l'inondation.

Tout l'horizon paraît enflammé ; le feu même doit être disposé de manière à faire croire que cet élément doit l'emporter. Ce changement de scène ne diminue point l'horreur de ce tableau. Le mouvement et les événements ont changé la situation. La fierté d'Achille est susceptible de plus de quatre variétés ; c'est le nombre des derniers tableaux de la fureur des fleuves contre lui ; tantôt menaçant ces dieux, tantôt ferme pour marquer son intrépidité, tantôt simplement appuyé sur son bouclier ou sur sa pique, il regarde sans remuer le combat ou l'agitation de ces éléments.


VIII - TABLEAU : Le combat de Minerve et de Mars.

Cette déesse lance une pierre dont le dieu Mars est renversé : on représentera ce que l'on voudra de combattants pour enrichir la composition ; mais il faudra qu'ils soient éloignés pour faire sentir le caractère de ces divinités, et le respect qui leur est dû.


IX - TABLEAU : Mars étendu sur le champ de bataille, est secouru par Vénus.

Elle arrive avec l'effroi et l'intérêt. Ces deux impressions doivent être l'objet de son expression ; elles suffisent pour rendre la composition capable d'affecter.


X - TABLEAU : Minerve accourt contre Vénus et la renverse sur Mars.

Je crois qu'il est plus heureux pour la composition, de prouver par l'attitude de Minerve, qu'elle vient de porter un coup dans la poitrine de Vénus, et de faire sentir par le faux aplomb que cette déesse doit nécessairement tombér sur Mars. La colère noble et la fierté de Minerve, la peur et l'effroi de Vénus ; enfin la honte de Mars, sont les passions dominantes de ce tableau, que les chars de ces divinités concourent à rendre heureux pour la peinture.


XI - TABLEAU : Junon et Diane en colère, font une espèce de lutte.

La première prend d'une main les deux mains de la seconde, et de l'autre elle lui a enlevé son carquois dont elle la frappe au visage, en même temps que les flèches se répandent par terre. Rien n'est aussi délicat à traiter que le combat de deux femmes. L'artiste, pour éviter le danger de cette représentation, doit s'occuper du caractère des deux divinités qu'il est obligé de représenter : le secours de leurs chars ou de leurs nuages n'est point à négliger.


XII - TABLEAU : Mercure s'éloigne doucement pour ne point prendre de part à la querelle.

Latone ramasse les mêmes flèches qu'on a vu répandues dans le tableau précédent. L'action de cette composition est du moins agréable pour le caractère et l'âge des figures dont elle est ornée : l'embarras consiste à faire connaître qu'il s'agit de Latone ; car Homère ne lui donne aucun attribut ; plus âgée, sa beauté doit être d'un caractère plus formé que celui de sa fille ; mais cette distinction n'est pas une raison suffisante pour la faire reconnaître, et les accompagnements qui servent à caractériser cette déesse, ne peuvent être placés dans ce tableau. Il est vrai, pour la consolation de l'artiste, que la suite du poème doit servir à l'explication du sujet. Si l'on n'est pas convaincu de ce moyen, on pourrait séparer cette composition de la suite, c'est à dire, ne la point traiter, et se contenter de reporter dans le tableau précédent, Mercure qui s'éloigne du combat des deux déesses pour n'être point obligé de prendre parti dans la dispute. Cette action est trop dans le caractère de ce dieu pour ne la point exprimer.


XIII - TABLEAU : Diane toute en pleurs va trouver Jupiter dans l'Olympe.

Ce sujet pourrait intéresser par lui-même ; cependant comme il ressemble parfaitement à plusieurs autres de ce même poème, et que cette démarche de Diane n'a aucune espèce de suite, je crois qu'on peut se dispenser de la traiter.


XIV - TABLEAU : Combat d'Agénor contre Achille.

Le fond du tableau représente la porte de la ville Troye, assez voisine : Apollon est appuyé contre un hêtre ; il est enveloppé d'un nuage transparent, ce qui prouve qu'il est invisible aux combattants. Agénor a lancé son javelot contre Achille au-dessous du genou ; mais on voit que le trait retombe sans avoir fait aucune blessure. Le mouvement de plusieurs combattants occupe le lointain, à la volonté de l'artiste.


XV - TABLEAU : Si l'on veut suivre exactement le poème par les tableaux, on peut représenter Apollon sous la figure d'Agénor,

Fuyant derrière Achille pour l'éloigner de la ville, dans laquelle il est vraisemblable, selon Homère, qu'il serait entré dès le moment, peut-être même malgré l'ordre des destinées, tant la valeur a de pouvoir selon cet ancien poète.

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