Université Stendhal MSH-alpes : Maison des Sciences de l'Homme CNRS

Les conquérants mycéniens de Troie

C'est grâce à Homère que les Grecs ont des dieux, suivant la formulation d'Hérodote ; les poètes et les artistes en ont ensuite fait leur sujet. Lorsque Phidias sculpta le Zeus d'Olympie, il avait en mémoire cette scène du début de l'Iliade, où le père des dieux incline la tête, promettant ainsi à Thétis, mère d'Achille, d'exaucer son vœu consistant à accorder la victoire aux Troyens : " aussitôt les cheveux divins de l'immortel seigneur voltigèrent sur sa tête immortelle, et le vaste Olympe en frémit ". Le roi de Macédoine, Philippe II, aspirait à la domination de la Grèce, prétendant que l'Olympe, le mont des Dieux, se situait sur son territoire ; il mit de ce fait une image majestueuse du plus grand des dieux grecs sur ses pièces (1). Alors que Zeus continue à rester neutre dans la guerre de Troie, ce qui ouvre la voie au cours du destin et de la justice, les autres dieux prennent parti. Héra, l'épouse qui exige toujours jalousement le respect de son rang, a, au même titre qu'Athéna, été mise à l'écart par le jugement de Pâris ; toutes deux sont ainsi devenues de ferventes ennemies des Troyens. En tant que reine des dieux, Héra, couronnée, apparaissait sur les pièces d'Olympie (2) où elle possédait un temple plus ancien que celui de Zeus lui-même. Athéna, la fille vierge préférée du Cronide, a hérité d'une silhouette particulièrement convaincante sur les pièces de Corinthe (4), où elle tient les rênes pour apprivoiser Pégase, et exerce, de même qu'à Troie et à Athènes, la fonction de déesse des chevaux. Par conséquent, elle est aussi celle à qui les Grecs ont présenté comme un cadeau béni le " cheval de bois " dont elle protège les occupants : malgré l'ancien culte qu'elle a sur la cité, elle a retiré ses faveurs aux Troyens, alors qu'Apollon, le " plus grec " de tous les dieux (3) qui conduit, par les prédictions de l'oracle de Delphes, l'expansion des colonies helléniques dans le monde entier, reste fidèle à sa patrie d'Anatolie. Aphrodite, vainqueur du jugement de Pâris, qui avait conçu Énée sur le Mont Ida avec Anchise, et à laquelle on vouait un culte même dans le sud de l'Asie Mineure à Cnide en lui attribuant le qualificatif de " déesse de la montagne " (5), se tient évidemment aux côtés des Troyens. Il en est de même pour le dieu de la guerre Arès, avec lequel elle vivra une aventure amoureuse, racontée dans l'Odyssée d'Homère, qui fera beaucoup rire les dieux. Ils devinrent Vénus et Mars, le père de Romulus et Rémus (6), et comptèrent également parmi les dieux fondamentaux de la " nouvelle Troie " appelée Rome (Planche 10).

1 Zeus d'Olympie portant une couronne de lauriers. Tétradrachme de Philippe II de Macédoine, Pella 342-336 av. J.-C. – Fondation Karl v. Schäffer, SNG Tübingen 1067. 2 Héra d'Olympie portant une couronne ornée de palmettes et de lotus. Statère d'Élis, 400-390 av. J.-C. – Fondation Karl v. Schäffer, SNG Tübingen 1929. 3 Apollon Archegète portant une couronne de lauriers. Tétradrachme de Leontinoi / Sicile, vers 425 av. J.-C. – Fondation Karl v. Schäffer, SNG Tübingen 602. 4 Athena Chalinitis portant un casque corinthien. Statère de Corinthe, vers 430 av. J.-C. – voir SNG Tübingen 1826 (Fondation Karl v. Schäffer). 5 Aphrodite Akraia portant un collier et des nattes remontées sur la tête. Drachme de Cnide, env. 465-449 av. J.-C. – Fondation Karl v. Schäffer, H.A. Cahn, Cnide S.45, Nr. 72,3. 6 Arès / Mars portant un casque corinthien. Didrachme de Rome, env. 280-276 av. J.-C. – donation variée d'Hildebrecht Hommel, SNG Tübingen 227.

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