Université Stendhal MSH-alpes : Maison des Sciences de l'Homme CNRS

Mythe et histoire

Alexandre était parti à l'Est, comme un nouvel Achille. Lors de sa visite à Troie en 334 av. J.-C., il avait pris avec lui " le bouclier sacré d'Athéna Ilias " en tant que garant de la victoire. Jules César prétendait que sa famille descendait de Iule, le fils d'Énée, qui avait déplacé le Palladium d'Ilion vers l'Ouest (rabat au verso). Son aspiration à dominer le monde était en même temps basée sur le droit du vainqueur. Ce dernier était reconnaissable, sur les pièces, à la couronne en or du triomphateur qui s'apprêtait, sur les traces d'Alexandre, à s'opposer aux Parthénopéens. Ses plans consistant à refaire de Troie la capitale, ont été abandonnés par son successeur Auguste ; sur les pièces, il apparaît plutôt tel un civil (2) et sa politique se veut plus romaine. Néanmoins, il a poursuivi le formidable développement de la patrie d'origine, Ilion, comme en témoignent de plus en plus les nouvelles découvertes issues des fouilles : le pouvoir du mythe prédestina le siège des anciens lieux de culte à être un centre religieux et idéologique. La monnaie propre de la ville, commençant après Alexandre, met avant tout en évidence le rôle que jouait Athéna. Lysimaque déjà lui avait construit un temple somptueux, autour duquel se groupait une alliance de cultes allant de toutes les villes du " pays sacré de Troade " jusqu'au mont Ida. L'avers des pièces la présente habituellement comme la déesse de tous les Grecs, armée de son casque (3), alors que sur le revers, apparaît son origine anatolienne (4). Son attribut vraiment spécifique est le fuseau équipé d'un peson comme on en a retrouvé par milliers dans les fouilles. Troie était donc déjà autrefois aussi un centre de fabrication de textiles, dont la déesse de la cité était responsable. Si l'on ne comprend pas ici la continuité allant de la préhistoire à l'époque historique, on ne la comprendra nulle part ailleurs. Un autre pilier économique de " la Troie nourricière de chevaux " était l'élevage de ces derniers : le cheval en train de paître devient le symbole sur la monnaie de la future métropole économique Alexandrie de Troade, et donc un signe secondaire sur une pièce en argent du IIIe siècle (5). Apollon, ici caractérisé comme le dieu grec de Delphes, est en même temps le petit Smintheus d'Asie Mineure, le " dieu des souris ", responsable de la vermine et des épidémies. Il est le véritable dieu protecteur de l'ancienne Troie, celui qui envoie la Peste sur l'armée des Achéens au début de l'Iliade. C'est ainsi qu'il est représenté sur la monnaie d'Alexandrie de Troade (6).

1 Jules César, Denier posthume 43/42 av. J.-C. : portrait avec couronne en or, et la branche d'olivier apparaît en arrière-plan. – Fondation Schäffer, RRC 494,24.
2 Denier d'Auguste, vers 35 av. J.-C. : portrait de "Caesar divi filius". – Fondation Schäffer, RIC 2546.
3-4 Tétradrachme d'Ilion, 95-87 av. J.-C., avers : portrait d'Athéna – Galvano d'après l'original à Londres, Bellinger T 96 – revers : Athena Ilias avec le calathos, la lance d'or et le faisceau.
5 Antiochos Hierax, tétradrachme d'Alexandrie de Troade, 239-228 av. J.-C. : Apollon portant arc et flèche, assis sur l'Omphalos derrière un cheval paissant. – Fondation Karl Ruß, Bellinger A 78.
6 Tétradrachme d'Alexandrie de Troade, 118 av. J.-C. : Apollon Smintheus avec carquois, flèche et coupe à libations. – Galvano d'après l'original à Londres, Bellinger A 148.

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