Université Stendhal MSH-alpes : Maison des Sciences de l'Homme CNRS

Mythe et poésie

L'Antiquité savait toujours bien que le mythe n'existe pas par lui-même : sans Homère, pas d'Achille. La place dominante des poèmes épiques d'Homère dans la culture grecque s'exprime dans la rivalité des villes pour savoir laquelle serait le vériplle lieu de naissance du poète. La légende a beau partir dans tous les sens sur ce point, on ne devrait plus, aujourd'hui, douter de l'existence historique d'un génie brillant qui apparut au tournant du VIIIe et du VIIe siècle av. J.-C. ; la plupart des pistes menant, dans le domaine ionique-éolique, entre Smyrne et Cumes : Smyrne appuie ses revendications sur de nombreuses pièces de monnaie où trône le prince des poètes (1) ; Cumes possède en plus, sur le revers, l'image de la nymphe Krithéis, qui aurait conçu avec le dieu du torrent Mélès, Mélésigène (2), qui deviendra plus tard " Homère " (littéralement l'otage). L'Iliade ne mentionne que le " tumulus d'Ilos ", mais les images sur les pièces de la Troie historique reflètent la fondation légendaire de la ville : Ilos suit une vache multicolore ; selon l'oracle, il doit fonder une ville à l'endroit même où s'arrête la vache (3). L'endroit n'est autre que la colline d'Até, de " l'aveuglement ", auquel Ilos également succombe aussitôt : il ne croit pas au signe supplémentaire des dieux qui lui envoient le Palladium, le faisant tomber du ciel pendant la nuit, et en est puni par la cécité. Ilos n'en sera guéri qu'après des sacrifices de réconciliation qu'il dut faire à la déesse (4). Athéna Ilias qui, avec son fuseau, est intimement liée aux Moires et aux déesses du destin, a visiblement été identifiée d'une part à Até, la fille de Zeus, également jetée de l'Olympe sur la Terre, et d'autre part au Palladium : Troie est le lieu de l'aveuglement par excellence, dont ils sont tous victimes les uns après les autres, Pâris et Hélène, Agamemnon et Achille, sans oublier Hector, qui croit déjà tenir dans ses mains la victoire finale lorsqu'il prit d'assaut les navires des Grecs (5). Sur une pièce de Caracalla, il offre un sacrifice, tel Ilos, à la déesse (6) ; la statue que Julien dit l'Apostat trouva ointe en 355, pourrait bien être ainsi, vis à vis de la statue colossale d'Achille que Caracalla avait construite en 214 par admiration pour son idole.

1 Homère trônant, la main soutenant sa tête, la gauche tenant un manuscrit roulé, et derrière lui un sceptre oblique. Pièce en bronze de Smyrne, env. 95-85 av. J.-C. – Fondation de la fédération universitaire, SNG Tübingen 3178.
2 Krithéis, la mère d'Homère, debout, tient dans la main droite un voile, telle une fiancée, et dans la main gauche, une tige de roseau. Pièce en bronze de Cumes, env. 193-211 apr. J.-C. – donation variée d'Hildebrecht Hommel, SNG Tübingen 2704.
3 La vache multicolore d'Ilos trouve l'endroit où sera bâtie la ville d'Ilion ; devant elle, la colonne d'Athéna Ilias. Pièce en bronze d'Ilion, 197-211 apr. J.-C. – Donation de Karl Ruß, Inv. 15647, Bellinger T 230.
4 Ilos, le fondateur de la ville, fait un sacrifice sur l'autel d'Athéna Ilias. Pièce en bronze d'Ilion, env. 198-210 apr. J.-C. – Donation de Karl Ruß, SNG Tübingen 2618, Bellinger T 241.
5 Hector jette la torche incendiaire dans les navires des Achéens. Pièce en bronze d'Ilion, env. 198-210 apr. J.-C. – Donation variée d'Hildebrecht Hommel, SNG Tübingen 2617, Bellinger T 239.
6 Hector, en armure, fait un sacrifice à Athéna Ilias sur une haute colonne. Pièce en bronze d'Ilion, env. 210-217 apr. J.-C. – voir SNG Tübingen 2619, Bellinger T 254. Fondation de la fédération universitaire.

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