Université Stendhal MSH-alpes : Maison des Sciences de l'Homme CNRS

Homère mendiant

Jules-Jean Antoine Lecomte du Noüy, Homère mendiant, 1881. Huile sur toile, triptyque, Panneau central : h. 2,365 ; l. 1,74 et panneaux latéraux : h. 2,365 ; l. 1,04.

L'œuvre frappe par sa monumentalité : au centre, Homère, vieillard aveugle ; auprès de lui se presse l'enfant qui le guida aux portes d'Athènes. Une salle est éclairée avec une scène étrange (Socrate buvant la ciguë ?). L'Acropole d'Athène apparaît au lointain sous un ciel menaçant avec le Parthénon et le temple d'Athéna Niké. De part et d'autre de cette scène sombre et lugubre, l'artiste a représenté de manière synthétique les deux œuvres majeures attribuées au poète.

A gauche, L'Odyssée sous les traits de Pénélope aux pieds de laquelle des quenouillles et le chien font allusion respectivement à la fameuse tapisserie et à la fidélité conjugale. "Pour nous montrer son savoir archéologique, l'artiste lui a mis dans les mains un dessin archaïque et primitif, qui ne peut être que le portrait d'Ulysse. Le détail presque grotesque était-il bien nécessaire ?" s'interroge un comité d'artistes dans sa Revue du Salon (pp.99-100).

A droite, peut-être inspirée par un tableau de David, l'Iliade, évoquée par le corps d'Hector portant le pectoral de Patrocle, le sceptre de Priam à la main, renversé sur les marches du trône de Troie. Némésis, la vengeance divine, brandissant une torche et des flèches, s'avance en criant, sous le regard des dieux de l'Olympe qui apparaissent au milieu des nuages.

L'emmarchement, que l'on retrouve au premier plan de chacun des panneaux latéraux, souligne l'équilibre du triptyque qu'un cadre richement doré et sculpté relie. Ces deux pilastres cannelés participent au décor des scènes peintes : leur base est ornée de lauriers enserrant des inscriptions. On peut lire à gauche : BATPAXOMYOMAXIA, c'est à dire "combat de grenouilles", sans doute une allusion burlesque de l'Iliade, la Batrachomyomachie (guerre entre les grenouilles et les rats), poème aujourd'hui admis comme étant bien postérieur à Homère. A droite, l'inscription YMNOI - EPIGRAMMATA (chants et épigrammes) se passe de commentaires.

L'accumulation et la précision des détails (lyre constituée d'une carapace de tortue et de deux cornes d'antilope) témoigne du goût de l'artiste pour les reconstitutions archéologiques. Le portrait d'Ulysse pourrait s'inspirer d'une peinture antique. Le sceptre de Priam, avec ses deux boules de cristal cannelées, serait, selon Judith Gauthier, copié d'un objet découvert lors de fouilles par Schliemann (cité par Montgailhard, p. 126 note 1). Le médaillon gravé sur les marches de la scène de droite est directement inspiré des monnaies hellénistiques frappées à l'effigie d'Athéna Ilias, sur lesquelles, figurée en Athéna Ergané, la déesse, les pieds joints, vêtue d'une robe étroite, porte une lance, une quenouille et un fuseau (cf L. Lacroix, Les reproductions de statues sur les monnaies grecques, Liège 1949).

Commentaires tirés de Peintures et sculptures du XIXe siècle : la collection du Musée de Grenoble, Paris RMN, 1995, par Catherine Chevillot, Serge Lemoine.

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