Vinciane Pirenne-Delforge, chaire Religion, histoire et société dans le monde grec antique au Collège de France

Vinciane Pirenne-Delforge occupe depuis l’automne 2017 la chaire de Religion, histoire et société dans le monde grec antique.

Voir https://www.college-de-france.fr/site/vinciane-pirenne-delforge/index.htm

On peut suivre sa leçon inaugurale (7 décembre 2017) :

https://www.college-de-france.fr/site/vinciane-pirenne-delforge/inaugural-lecture-2017-12-07-18h00.htm

Voir aussi l’article de Julie Clarini dans le Monde du 22 septembre 2018:

 

Vinciane Pirenne-Delforge : sortir des dieux communs

Depuis moins d’un an, l’historienne liégeoise est titulaire de la chaire de religion grecque antique au Collège de France, qui n’était plus occupée depuis 1984 et le départ de Jean-Pierre Vernant. L’helléniste y dépoussière l’Olympe.

LE MONDE | | Par Julie Clarini

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Vinciane Pirenne-Delforge, historienne de la religion grecque antique.

Ce n’est pas son entrée au Collège de France qui la changera. Elle est formelle : jamais on ne la verra sur les plateaux télé commenter le retour du fait religieux dans nos sociétés modernes. Vinciane Pirenne-Delforge, élue l’année dernière, a beau être une historienne des religions, elle a beau être originaire de Liège, ville de Belgique récemment touchée par le terrorisme djihadiste, elle ne s’accorde la légitimité de parler que sur une culture qui n’est plus la nôtre, celle de la Grèce antique. « Tout ce que je peux faire, c’est poser des questions et donner de quoi mettre les données de notre époque à distance. Je peux rappeler, par exemple, que, dans la culture que j’étudie, on se faisait beaucoup la guerre, mais jamais pour des questions religieuses. »

Rappeler aussi que, dans ce contexte, la religion n’a pas toujours impliqué la croyance, si étrange que cela paraisse. Pour définir le rapport des Grecs à leurs dieux, elle parle de confiance. Or la confiance, comme on le sait, est soit récompensée, soit trahie. En cas de déconvenue, qu’à cela ne tienne, un Grec se tournera vers un autre dieu – et cela sans en faire toute une histoire, du moins une apostasie.

Marquer la distance

Avouons que c’est surprenant pour un esprit moderne qui associe spontanément la religion au dogme, aux livres sacrés, à l’exigence jalouse d’un dieu unique. Mais le dépaysement est presque une marque de fabrique pour l’école intellectuelle à laquelle appartient Vinciane Pirenne-Delforge. Dans le droit-fil des grands historiens de la Grèce tels Louis Gernet, Jean-Pierre Vernant ou son compatriote Marcel Detienne, la Liégeoise fait son miel de l’anthropologie qui permet le décentrement et la comparaison avec d’autres cultures.

C’est leur héritage qu’elle reprend et retravaille, en prêtant une attention des plus minutieuses aux sources matérielles et à la chronologie. « Sur la religion grecque, elle est l’un des premiers vrais déplacements dans le monde de la recherche francophone depuis la disparition de Jean-Pierre Vernant, assure Vincent Azoulay, directeur d’études de l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS). Sa qualité de Belge, cette position dedans-dehors, lui a sans doute permis de relire les fondateurs avec le bon recul. » Mais cela toujours en refusant l’idée d’une continuité entre l’Antiquité et nous, toujours pour marquer la distance.

« Je viens d’une famille qui vivait le catholicisme comme un marqueur d’identité sociale. Mais l’adhésion enfantine aux rituels n’a pas résisté au sens critique de l’adolescence. » Vinciane Pirenne-Delforge

Un mélange de fermeté et de chaleur émane de sa personne, qu’on la rencontre ou qu’on l’entende en chaire. De sa leçon inaugurale, prononcée le 7 décembre 2017 (et éditée ensuite : Le Polythéisme grec comme objet d’histoire, Fayard, 64 p., 12 euros), on se souvient de cette affirmation en forme de pique : « La religion grecque est le caillou dans la chaussure de ceux qui, d’une manière ou d’une autre, continuent de penser le Ve siècle avant notre ère comme l’irréversible point de basculement vers le logos, à savoir l’exercice d’une pensée rationnelle débarrassée du muthos, le mythe. » Malgré son pouvoir de séduction, tout nous prouve qu’il faut résister à cette opposition terme à terme, rappelle l’helléniste. Il n’y a ni rupture ni progrès vers la rationalité, même si un certain ronronnement disciplinaire l’enseigne encore. C’est l’un des charmes, et non des moindres, de la nouvelle professeure que de savoir manier la science comme une arme contre la paresse intellectuelle. Les dieux étaient dans toutes les têtes, mêmes les plus athéniennes, même les plus philosophes. Et ils agissaient dans le monde.

Tout le sel du polythéisme, outre cette réflexivité à laquelle il invite, et même oblige, est de mettre en lumière une prodigieuse créativité humaine, une plasticité, dont on sent que Vinciane Pirenne-Delforge ne se lasse pas. Au contraire, elle donne le sentiment de creuser le mystère de ce panthéon avec une manie et une ardeur inentamées. « Comme tout chercheur, j’ai mes obsessions, confie-t-elle. C’est sans doute une des définitions possibles de notre métier. » On lui envierait presque une telle passion, enracinée depuis l’enfance. A 15 ans, la jeune Belge consacre son premier exposé aux oracles grecs. A la faculté, outre les humanités, elle suit les cours sur la Réforme et travaille sur Luther. La religion, toujours. Mais rien de familial, assure-t-elle : « Je viens d’une famille qui vivait le catholicisme comme un marqueur d’identité sociale. Mais l’adhésion enfantine aux rituels n’a pas résisté au sens critique de l’adolescence. »

Trouver le « bon dieu »

Peut-être se demandait-elle, alors, à quel saint se vouer pour recevoir une grâce qui n’est jamais venue ? En tout cas, depuis des années, la voilà taraudée par une question qui lui a permis de jeter un éclairage neuf sur le panthéon des dieux grecs : pourquoi, à un moment donné, dans une circonstance donnée, un homme ou une femme grecs – ou même une cité – vont-ils s’adresser à telle divinité plutôt qu’à telle autre ? Si vous pensez qu’Aphrodite est la déesse des élans amoureux et qu’Athéna est celle de la sagesse, si vous croyez que ­#metoo mettrait le bazar sur l’Olympe, c’est simple, vous datez. Comme vos dictionnaires. Avec Vinciane Pirenne-Delforge, on sort les dieux des cartons. On dépoussière – ce qu’elle a fait depuis sa thèse sur Aphrodite, soutenue en 1992, et, depuis une dizaine d’années, avec sa collègue Gabriella Pironti.

On ne peut espérer comprendre le langage du polythéisme qu’à la condition d’étudier les multiples interactions qui tissent cette société divine.

Les dieux ne sont plus des entités bien catégorisées, faisant montre d’une mesquinerie bourgeoise (à l’un la mer, à l’autre la foudre), mais constituent au contraire un vaste réseau symbolique – une structure ramifiée plutôt qu’une taxinomie rigide. Vernant avait déjà montré que les dieux n’étaient pas des personnes, mais des puissances. Elle rappelle qu’ils s’insèrent dans un organisme complexe et relationnel. On ne peut espérer comprendre le langage du polythéisme qu’à la condition d’étudier les multiples interactions qui tissent cette société divine.

Pour les humains, cette organisation en réseau exige de ne pas se tromper d’« aiguillage ». Or, comme le relève la chercheuse dans sa leçon inaugurale, ces aiguillages « sont nombreux en contexte polythéiste ». Trouver le « bon dieu » peut devenir une réelle préoccupation. Et Vinciane Pirenne-Delforge de raconter l’histoire de ce couple, Evandros et sa femme, partant pour le sanctuaire de Dodone, en Epire, demander à l’oracle à quel dieu, daimôn (né d’un dieu et d’une nymphe) ou héros s’adresser « pour agir au mieux et avec profit ». Fruste, vraiment, la religion grecque ? Cette histoire minuscule en dit long, au contraire, sur la complexité du monde suprahumain.

Un regard « proche et distancié »

Et sur le mode de travail d’une historienne qui s’évertue à dénouer ce qui ressemble parfois à un lacis de contradictions. Exercice qu’elle fait toujours avec une généreuse détermination : « Je refuse qu’on identifie comme inconséquence ce qui est une limite de notre capacité à comprendre. »

Sans doute est-ce la manifestation de cette considération pour une culture religieuse ancienne, qu’elle prend réellement au sérieux, qui fait dire à son collègue Francis Prost, professeur à l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne, qu’elle « jette non seulement un regard anthropologique mais aussi empathique sur les Grecs anciens : son livre sur le voyage de l’érudit Pausanias, du IIe siècle après J.-C. [Retour à la source. Pausanias et la religion grecque, Presses universitaires de Liège, 2013], revenant sur les monuments et lieux de culte où s’est nouée l’identité grecque, est remarquable de ce point de vue à la fois proche et distancié. C’est par ailleurs quelqu’un qui sait communiquer son enthousiasme ».

De fait, elle n’envisage son travail qu’à l’intérieur d’une communauté de recherche qu’elle contribue à organiser et à fédérer. Elle a notamment créé, avec André Motte, la revue universitaire de référence sur les polythéismes antiques, Kernos. Elle a traduit, également, l’Eloge du polythéisme (Les Belles Lettres, 2016), de l’Italien Maurizio Bettini, « un livre que j’aurais voulu écrire », dit-elle. En l’élisant au Collège de France, les professeurs ont choisi de renouer avec l’esprit de Jean-Pierre Vernant, qui occupait, au début des années 1980, la chaire d’étude comparée des religions antiques ; ils ont aussi recruté une chercheuse qui est au service du savoir, entièrement. Enthousiaste, disions-nous ? C’est bien la moindre des choses : en grec ancien, le mot désigne celui ou celle qui est inspiré par les dieux.

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Maurice Sartre fait référence à Homère dans « Concordance des temps » sur l’exil et l’asile

59 min

Dans l’Antiquité : l’exil et l’asile

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Une série d’émissions sur Homère dans « les chemins de la philosophie »

Adèle Van Reeth a consacré 4 émissions des Chemins à Homère:

L’Iliade d’Homère – du mythe à la philosophie (1/4) : Le poème des origines
Les Chemins de la philosophie
Le 10/09/2018 avec Pierre Judet de la Combe
L’Iliade d’Homère – du mythe à la philosophie (2/4) : Avant la philo, le chaos
Les Chemins de la philosophie
Le 11/09/2018 avec Heinz Wisman
L’Iliade d’Homère – du mythe à la philosophie (3/4) : Masculin/féminin : les larmes ont-elles un sexe ?
Les Chemins de la philosophie
Le 12/09/2018 avec Hélène Monsacré
L’Iliade d’Homère – du mythe à la philosophie (4/4) : Apprendre à philosopher contre les dieux
Les Chemins de la philosophie
Le 13/09/2018 avec Judith Perez
Les spécialistes pourront relever des imprécisions, voire des erreurs, mais on peut se réjouir de voir l’intérêt de tels sujets pour le grand public, et surtout de voir que l’opposition schématique entre Homère et la philosophie n’ait plus cours.
On peut télécharger les émissions à l’adresse suivante:
https://www.franceculture.fr/emissions/les-chemins-de-la-philosophie/liliade-dhomere-du-mythe-a-la-philosophie


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Encore un roman sur l’Odyssée!

En cette rentrée de septembre 2018, les éditions Gallimard publient La grande idée d’Anton Beraber. Un article de l’Obs insiste sur sa relation à l’Odyssée sous le titre « Le fils de Saul »:

Anton Beraber a 30 ans, et son premier roman sort clairement du rang.

Saul Kaloyannis. Un nom scandé comme une incantation. Un nom sur toutes les lèvres, qui enceint dans ses syllabes désaccordées mille mondes et autant de légendes. Héros, déserteur ou chimère? Chacun a sa version, son histoire.

De Saul Kaloyannis, à peine sait-on qu’il prit part, dans les années 1920, à la tentative de reconquête de l’Orient par les Grecs. Ce qu’on appela «la Grande Idée». Lors d’une bataille particulièrement âpre, il sauva une poignée de soldats acculés par l’armée turque, les embarquant à bord d’un bateau. Ce qu’il advint ensuite de Kaloyannis et de ses compagnons, nul ne le sait vraiment.

La vérité va à la vie de cet homme comme le feu au maquis sec: les flammes sont superbes mais ne laissent rien derrière elles.»

Cinquante ans après, un étudiant tente de reconstituer la geste de Saul Kaloyannis, de tisser un à un les témoignages qu’il recueille pour broder ses exploits. Mais dans la Grèce des Colonels, celle des persécutions et de l’histoire officielle, les mythes n’ont pas droit de cité, surtout quand ils exaltent la liberté.

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Homère au théâtre de la Bastille à Paris

ILIADE – ODYSSÉE

08 JANV > 03 FEV

Avec Charlotte van Bervesselès, Florent Dorin, Alex Fondja, Viktoria Kozlova et Yan Tassin

théâtre

Qu’est-ce que l’héroïsme ? Invitée pour la première fois au Théâtre de la Bastille, Pauline Bayle pose la question en adaptant de manière concentrée et fort énergique deux épopées fondatrices de notre civilisation, présentées en diptyque. Dans un élan vital, cinq actrices ou acteurs sont les héros ou héroïnes, dieux ou déesses de l’Iliade et l’Odyssée. Affranchi.e.s de la question du genre et armé.e.s de force, de ruse et de courage, ils.elles s’élancent gaillardement dans la quête très humaine du dépassement de soi.

Iliade
Immédiatement, le spectacle commence. Nous ne sommes pas encore assis dans la salle, mais la guerre opposant les Grecs aux Troyens dure depuis neuf ans et nous sommes déjà pris dans l’urgence de son achèvement. En une heure et demi, nous allons traverser 24 chants et 15 337 vers de ce long poème homérique, six jours et six nuits d’une guerre conduite par la fureur d’Achille d’un côté, et la fidélité d’Hector à sa patrie de l’autre. Au nom de quoi serait-on prêt à mourir ? Il n’y a pas de morale, pas de gagnant… L’écho politique est percutant : que l’on soit oppresseur ou opprimé, il s’agit d’être égaux face à la souffrance et à la mort. C’est cela que veut nous faire entendre la jeune metteure en scène. Concentrée à nous rendre toute la générosité du texte d’Homère par une adaptation et une direction d’acteur ultra dynamique, Pauline Bayle organise l’espace de façon épurée et efficace. Quelques paillettes et voilà une armure, un peu de peinture et c’est du sang qui coule. Beaucoup d’eau, beaucoup de larmes versées aussi, nous racontent toute l’humanité d’Achille, Hector, Hélène, Andromaque, Agamemnon et des dieux qui les gouvernent.

Odyssée

Ulysse est un drôle de héros. Il ne veut plus se battre, il veut rentrer chez lui. D’errance en errance, parmi les dangers d’un monde chaotique, Ulysse aux mille et un tours, rusé et vengeur, cherche à retrouver sa place dans le monde. Mais voilà neuf ans qu’il erre en vain sur la mer et que sa terre natale se dérobe sans cesse sous les plis des eaux. Alors Ulysse s’inquiète : et s’il avait traversé une guerre dont on ne revient pas ? Et si, malgré sa valeur, il n’avait pas de quoi payer le prix du retour ? Après Iliade créé en 2015, Pauline Bayle décide de monter Odyssée comme contrepoint et approfondissement de son travail. Avec son équipe de cinq interprètes réunis autour d’elle depuis sa sortie du Conservatoire national supérieur d’art dramatique en 2011, elle centre cette fois sa recherche autour des questions de la peur et de l’identité. Ensemble, ils donnent à voir une Odyssée portée par un élan vital et investie dans le temps présent. Débarrassant l’espace de tout décor réaliste, c’est encore l’occasion d’explorer de nouvelles possibilités de mettre en scène une épopée et de nous plonger dans un spectacle débordant d’inventivité.

Elsa Kedadouche

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Rencontre à la librairie Gallimard avec Pierre Judet de la Combe

A l’occasion de la parution de son livre Homère la librairie Gallimard vous invite à rencontre Pierre Judet de la Combe

le mercredi 6 décembre 2017

à 19 h

Librairie Gallimard

15 boulevard Raspail

75007 Paris

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L’Odyssée de Daniel Mendelsohn

Tel Télémaque parlant d’Ulysse, l’auteur évoque sa relation à son père dans une lumineuse analyse littéraire et autobiographique.

Mais quel démon intime a poussé le brillant universitaire (et écrivain) Mendelsohn fils (Daniel) à accepter, dans son séminaire de licence sur L’Odyssée d’Homère, le mal élevé et très scientifique Mendelsohn père (Jay), 81 ans ? Le sentiment douloureux et coupable d’une relation inaccomplie ? Le secret désir de retrouvailles ? Face aux étudiants, le père ne cesse de dénigrer le héros de l’épopée et de contredire son fils. Ulysse ? Un pathétique chef militaire qui laisse mourir ses soldats, pleure à tout bout de champ et se fait aider des dieux au moindre danger ! Le contraire d’un héros, clame Jay devant les élèves médusés et le silence gêné de son helléniste de fils… Quel règlement de comptes, de vie, se joue entre eux deux ? Qu’est-ce qu’être un père, un fils, quels liens les unissent ?

C’est aussi le questionnement autobiographique — et bouleversant — qu’entrelace Daniel Mendelsohn à sa passionnante analyse littéraire de L’Odyssée. Ulysse n’est-il pas justement père d’un Télémaque qui l’a peu connu, puisqu’il fallut dix ans au prétendu héros pour vaincre l’antique cité de Troie, et dix ans encore à errer sur les mers, de femme en femme, de monstre en monstre ? Le père et le fils légendaires face au père et au fils de la petite bourgeoisie intellectuelle juive américaine ordinaire : tout au long d’un livre lumineusement articulé, les deux « couples » se répondent, s’enrichissent de leurs différences et de leurs possibles ressemblances.

L’histoire est évidemment « vraie ». Comme dans Les Disparus (2006) (1) , où l’écrivain était réellement parti en Pologne à la recherche d’une famille exterminée par les nazis, et lui dressait un très documenté et poignant tombeau littéraire. Il a organisé tout ce qu’il raconte dans Une odyssée. Un père, un fils, une épopée ; jusqu’à cette croisière « sur les traces d’Ulysse » que père et fils ont encore vécue ensemble. Et puis Jay est mort. Alors Daniel est reparti sur ses traces. Comme en pèlerinage.

De Madame de Sévigné, Colette à Eva Ionesco — et beaucoup d’autres de par le monde —, nombre de femmes ont courageusement questionné la relation mère-fille. Les hommes se sont moins risqués au rapport père-fils. A cause de la malédiction d’Œdipe ? Voilà pourquoi l’ouvrage inclassable de Daniel Mendelsohn fascine autant : par-delà la honte éprouvée devant un père mal élevé, mal habillé, qui semble peu sensible à la délicatesse des êtres et des choses, se construit en creux l’attente aveugle d’un fils. Et sa trop tardive découverte de ce que fut son père : un gamin solitaire presque abandonné, qui a dû se construire seul, se barder de certitudes pour affronter le réel, la peur de l’échec au ventre. Que sait-on de ses proches ? A quoi les reconnaît-on ? Et qu’est-ce après tout que l’identité ? Ces interrogations sont au cœur même de L’Odyssée, où Ulysse se fait appeler « Personne » par le cyclope ; où il se déguise sans cesse ; où son propre rejeton, Télémaque, demande d’emblée : « Qui sait vraiment quel père l’a engendré ? »

Tel Télémaque, Daniel Mendelsohn cherche son père. Mais la beauté profonde et grave de son récit non dépourvu d’humour — le père n’apparaît jamais aux autres comme il croit le connaître — est qu’il élève à l’universel ce face-à-face. Si L’Odyssée explore selon lui la matière — ou plutôt les matières — dont est pétri l’homme — et surtout les « héros » —, l’épopée d’Homère pousse à la curiosité de l’autre sous toutes ses facettes, même apparemment contradictoires. Jay a été ainsi plus attentif au séminaire que Daniel l’imaginait ; Jay a souffert silen­cieu­sement que son fils homosexuel lui préfère d’autres mentors… Daniel Mendelsohn termine son livre par des interrogations qui chahuteront cha­que lecteur. Et si c’était lui qui avait toujours ignoré, mal aimé son père ? Que sait-on vraiment de ses parents ?

 

(1) Ed. J’ai lu, 940 p., 10,40 €.

 

| An odyssey. A father, a son and an epic, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Clotilde Meyer et Isabelle D. Taudière, éd. Flammarion, 426 p., 23 €.

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Le projet épopée annonce une nouvelle livraison du recueil ouvert

Projet Epope-e – Annonce Recueil ouvert 3 pdf pour mise en ligne – avec liens

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Les comptes rendus du site Agora ont changé de format et d’adresse

Au cours de l’été 2017, nous avons entièrement repris les comptes rendus publiés dans Agora et grâce à la collaboration de Marc Chanove à la MSH-Alpes, ils ont été mis en ligne à une nouvelle adresse, liée au site homerica: http://homerica.msh-alpes.fr/agora/

J’ai aussi fait une liste complète de nos comptes rendus publiés d’abord dans Gaia puis depuis 2008 dans Agora: vous pouvez la consulter ci-dessous:

Comptes rendus publiés dans Gaia-Agora130917

Mais il est facile de voir que les contributeurs ont diminué en nombre, et que pour le numéro d’Agora en cours, je suis le seul auteur pour le moment (septembre 2017). On peut deviner que cela ne peut pas continuer ainsi. Si vous êtes intéressé pour écrire des comptes rendus que Cécile Gaborit met en forme pour le site et que je mets en ligne, vous pouvez trouver dans le site homerica la liste des ouvrages qui nous sont envoyés gracieusement : http://homerica.msh-alpes.fr/md/livres/

Dans Gaia vous trouvez aussi la liste des livres reçus, avec évidemment plus de retard dû au délai de publication. Je reproduis ci-dessous la dernière liste, qui vient de paraître dans Gaia 20:

Ouvrages_recus2015-16.

Enfin vous pouvez aussi proposer spontanément un compte rendu d’un ouvrage que vous avez lu et apprécié. Notre principe, étant donné le grand nombre des publications, est de publier des comptes rendus positifs. Il peut y avoir des points critiques, mais il ne nous semble pas utile de publier des comptes rendus qui ne comportent que cela.

Merci de m’envoyer vos propositions: fletoublon@wanadoo.fr

 

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intégration du site Agora dans le site Homerica

Depuis longtemps, nous cherchions à enrichir le site homerica et à y intégrer les comptes rendus publiés dans Agora. C’est chose faite grâce à la collaboration de Marc Chanove à la MSH-Alpes, que nous remercions vivement de son aide.

De ce fait, l’ancienne adresse d’Agora est périmée, vous pouvez consulter désormais

homerica.msh-alpes.fr/agora

Nous avons vérifié que tous les comptes rendus sont bien en lien sur le site dont la présentation a été beaucoup améliorée.

J’en profite pour demander de nouvelles collaborations aux comptes rendus: vous verrez que je suis l’auteur de la plupart des c.r. récents, cela n’est pas raisonnable. Vous pouvez m’envoyer vos projets de comptes rendus (livres reçus non encore recensés ou livres que vous avez lus et aimeriez faire connaître). Je vous en remercie d’avance.

Je vous rappelle mon adresse la plus commode:

fletoublon@wanadoo.fr

 

 

 

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